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Et si ce gouvernement n’avait aucun projet pour la Belgique ?


Je ne sais même plus pourquoi je termine ce titre par un point d’interrogation. Je n’arrive toujours pas à comprendre quel projet de société ce gouvernement nous propose. Quelle Belgique veut-il construire ? Quel avenir commun veut-il rendre désirable ? À force de ramener toute ambition à l’ajustement budgétaire, il finit par présenter une contrainte comptable comme un horizon politique.​

Ce n’est probablement pas un projet national. La volonté de gommer les fastes du bicentenaire en serait-elle le symbole ? Mais ce qui me frappe surtout, c’est ce récit budgétaire qui semble tenir lieu de vision. Le projet belge se résumerait à dix milliards d’économies. Un montant, un effort, une échéance. Et après ? Que voulons-nous faire ensemble ?

Que dire à ma fille de 26 ans, multilingue, qui aime notre pays et veut y construire sa vie ? Que dire aux jeunes qui cherchent leur place dans un monde où l’intelligence artificielle va profondément modifier, voire bouleverser, la nature du travail ? Leur expliquer que nous avons réduit un déficit ne leur dira rien de la société dans laquelle ils pourront travailler, aimer, se loger et vieillir.

Dix milliards d’économies ne constituent pas un projet de société. Ils expriment un objectif budgétaire, dont il faut discuter les moyens et les conséquences. Je conteste ce discours, relayé par certains économistes, qui convoque trop facilement le spectre grec ou l’effet boule de neige de la dette. Ces risques doivent être analysés avec rigueur. Leur invocation ne peut remplacer une réflexion sur notre avenir ni justifier mécaniquement chaque recul social.

La véritable question est celle du niveau de solidarité que nous voulons maintenir. Notre sécurité sociale repose sur une solidarité entre les personnes, mais aussi, et surtout, entre les générations. Les actifs contribuent aux pensions, aux soins et à la protection des plus jeunes. Ils savent qu’ils auront, eux aussi, besoin de cette solidarité. Cette circulation des ressources dans le temps assure une continuité humaine et participe à la cohésion du pays.

Ce n’est donc pas une cible fiscale qui doit décider seule de notre destin collectif. Nous devons d’abord définir ce que nous voulons protéger, transmettre et préparer, puis déterminer comment le financer. L’impôt traduit un choix de société. Il ne dispense pas de le formuler.

Un gouvernement doit pouvoir dire à une jeune femme de 26 ans quelle place elle pourra trouver dans l’avenir du pays. Tant que sa seule réponse sera un chiffre d’économies, la question du projet belge restera entière. Car on ne donne pas envie de construire une vie dans un pays dont la seule ambition serait de coûter moins cher.




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