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Lettre ouverte aux pourfendeurs de la « sociétisation »

Chers pourfendeurs,

Vous dites que l'indépendant qui passe en société fuit l'impôt.

Qu'il est anormal d'échapper à un IPP de 50 % dès 51.070 € de revenu imposable, cotisations sociales de 20,5 % en sus.

Que la Belgique compte bien plus de sociétés que l'Allemagne.

Qu'un euro doit être taxé de la même façon, quelle que soit la manière dont il est gagné.

Reprenons. Calmement. Chiffres en main.


1. La sociétisation ne constitue pas nécessairement une évasion fiscale

Ils fuient l'impôt.

Exemple
  • Bénéfice : 100.000 €
  • Situation : indépendant isolé, revenus 2026
  • En personne physique : 34.650 € d'impôts
  • En SRL : rémunération de 51.000 € + dividende ordinaire
  • Impôts en SRL : 34.686 €

Oui, vous avez bien lu : le fisc gagne 36 € à la « sociétisation ». L'écart réel (≈ 7.900 €) vient des cotisations sociales. Ce débat-là, ayons-le. Mais ne l'appelons pas évasion fiscale.


2. Une structure sociétaire conforme à l'objectif légal

permettre à un travailleur indépendant de dissocier son patrimoine professionnel de son patrimoine familial et de stimuler ainsi l'initiative au sein des P.M.E.

--travaux préparatoires de la loi du 14 juillet 1987, Doc. Sénat 359/2

Relisez les travaux préparatoires de la loi du 14 juillet 1987. Le législateur voulait que les indépendants passent en société. Il l'a obtenu.


3. Des incitants fiscaux qui ont produit leurs effets

C'est un détournement de la société unipersonnelle.

Il y a trop de sociétés.

Qui a creusé l'écart ? L'État.

  • 2013 : le VVPR bis, pour encourager la création de PME.
  • 2017 : le taux réduit de 20 % pour les PME.
  • 2019 : la SRL sans capital.

L'État a construit l'escalier, posé un panneau « Montez ! »… et verbalise aujourd'hui ceux qui sont arrivés en haut.

On ne peut pas reprocher à un incitant fiscal d'avoir fonctionné.


4. La pression fiscale sur le travail demeure le véritable enjeu

Un euro doit être taxé comme un euro.

D'accord. Alors allégez l'impôt sur le travail au lieu d'alourdir la société. Les plus sérieux d'entre vous reconnaissent eux-mêmes que la pression fiscale sur le travail est excessive.

À noter

Pendant ce temps, l'addition tombe toujours sur la même tête :

  • VVPR bis et réserve de liquidation portés à 18 %. Deuxième modification en dix mois.
  • Rémunération minimale de 51.000 € et ATN forfaitaires plafonnés à 20 % : un euro de trop, et tout le bénéfice bascule à 25 %. Le forfait, c'est pourtant la loi qui le fixe.
  • Plus-values internes taxées à 33 %.

Résultat ? 14 % des travailleurs belges envisagent de se lancer à leur compte. Dernière place sur 16 pays européens (SD Worx, 2026).


5. Une fiscalité qui ne devrait pas sanctionner la confiance

On ne soutient pas l'entreprise en punissant l'entrepreneur.

Punir l'indépendant d'avoir cru le législateur, c'est créer un impôt sur la confiance. Il rapporte vite. Mais il ne se lève qu'une fois.


Et vous, que répondez-vous aux pourfendeurs ?

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