
Alors que la Belgique est au bord d’une grave crise politique, la situation économique reste précaire. La croissance économique est toujours présente, mais elle demeure inconfortablement faible. De plus, des nouvelles préoccupantes arrivent de différents secteurs de l’économie.
Les prix de l’énergie ont quelque peu diminué ces derniers jours, mais restent élevés. Aujourd’hui, le prix du pétrole en Europe est supérieur de 60 % à celui du début de l’année, tandis que le prix du gaz a augmenté de plus de 200 %. Les perspectives restent extrêmement incertaines. La victoire démocrate aux élections de mi-mandat aux États-Unis devrait probablement favoriser une attitude américaine plus modérée à l’égard de l’Iran, mais les clés restent entre les mains du président Trump. Le scénario logique serait qu’il cherche réellement une issue au conflit, mais on ne sait toujours pas s’il choisira cette voie.
Par ailleurs, l’Europe entame l’hiver avec des réserves de gaz relativement faibles. En cas d’hiver froid, cela entraînera une pression supplémentaire à la hausse sur les prix. Dans l’ensemble, le scénario le plus probable est que les prix de l’énergie restent élevés pendant encore un certain temps.
Sous l’impulsion de la hausse des prix de l’énergie, l’inflation est passée de 1,1 % en janvier de cette année à 5,3 % en octobre. Selon les dernières prévisions du Bureau fédéral du Plan, l’inflation atteindra encore 6,2 % en janvier. Elle devrait ensuite refluer pour s’établir à 2,3 % à la fin de 2027, sur la base d’une légère baisse attendue des prix de l’énergie.
Même en cas de stagnation ou de légère hausse des prix de l’énergie, l’inflation diminuera en 2027. Pour que l’inflation continue d’augmenter, les prix de l’énergie devraient à nouveau connaître la même progression qu’au cours des douze derniers mois, ce qui semble très improbable. En moyenne, l’inflation resterait assez élevée en 2027, à 4,4 %, mais avec un net ralentissement au fil de l’année.
La hausse de l’inflation entraîne automatiquement une progression plus forte des salaires en Belgique. Sur la base des prévisions actuelles du Bureau fédéral du Plan, l’indexation de janvier pour les personnes dont le salaire est indexé une fois par an en janvier, principalement les employés, s’élèverait à 4,5 %. En janvier 2028, une hausse supplémentaire de 3,6 % s’y ajouterait. Cela représente une augmentation des coûts salariaux de plus de 8 % en deux ans.
L’indexation sera quelque peu limitée par l’indexation plafonnée, qui s’applique à la partie du salaire brut dépassant 4 000 euros. Quoi qu’il en soit, les coûts salariaux augmenteront à nouveau plus fortement en Belgique que dans les pays voisins. Dans ces derniers, l’inflation s’élevait en moyenne à 3,3 % en octobre. La compétitivité internationale de la Belgique continue ainsi de se dégrader.
L’activité industrielle s’est contractée au cours des quatre derniers trimestres consécutifs. Aujourd’hui, l’activité dans l’industrie manufacturière est inférieure de 1,8 % à son niveau de fin 2019. La Belgique fait ainsi partie des quatre pays européens où l’industrie n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire, aux côtés de la Slovaquie, de la Finlande et de l’Allemagne. Au cours de la même période, l’activité industrielle a progressé de 8 % en France et de 19 % aux Pays-Bas.
Avec des prix de l’énergie élevés, de fortes hausses des coûts salariaux et une concurrence accrue de la Chine, il n’y aura probablement pas d’amélioration immédiate. De larges pans de l’industrie fonctionnent bien en dessous de leur capacité normale. Même le principal pilier de l’industrie belge, le secteur pharmaceutique, est aujourd’hui sous pression.
Outre l’industrie, le secteur de la construction connaît lui aussi des conditions difficiles. L’activité dans la construction continue de progresser, de 0,9 % au cours des douze derniers mois, mais c’est surtout la construction neuve qui marque le pas. Le nombre de permis de bâtir est remarquablement faible. La hausse des taux d’intérêt et l’augmentation des coûts laissent penser qu’une amélioration ne se produira pas rapidement.
La confiance des entreprises de construction reste dès lors nettement inférieure à son niveau normal. Pour l’instant, aucune amélioration ne se profile.
Dans un contexte marqué par différents chocs négatifs, tels que les prix de l’énergie et les taux d’intérêt, l’économie belge continue de croître, mais à un rythme inconfortablement faible. Au cours des douze derniers mois, l’économie a enregistré une croissance de 0,7 %, soit la troisième plus faible croissance d’Europe.
La confiance des entrepreneurs oscille depuis longtemps autour d’un niveau qui correspondait autrefois à une économie stagnante. Après une nette amélioration au second semestre de 2025, la confiance des consommateurs s’est elle aussi à nouveau complètement effondrée. Le scénario le plus probable pour les prochains trimestres reste donc celui d’une croissance économique durablement faible.
Le contexte de faible croissance se répercute également sur le marché du travail. Au cours des douze derniers mois, seuls 13 000 emplois nets ont encore été créés. Au cours des trente dernières années, la moyenne s’élevait à 45 000 emplois par an.
En ligne avec la faiblesse de l’économie, la création d’emplois reste donc insuffisante. Les indicateurs avancés, tels que les projets de recrutement dans différents secteurs et la dynamique du travail intérimaire, ne laissent pas entrevoir d’amélioration à court terme.
Après le nombre remarquablement faible de faillites enregistrées pendant la crise sanitaire en raison des mesures prises par les pouvoirs publics, un important mouvement de rattrapage s’est amorcé ces dernières années. De nouveaux records de faillites sont enregistrés mois après mois.
Au cours des douze derniers mois, près de 12 000 entreprises ont fait faillite en Belgique, un chiffre proche des pics historiques. Pour l’instant, cette tendance ne semble pas encore s’inverser.
Au cours de l’année 2022, les taux d’intérêt se sont normalisés après avoir atteint des niveaux extrêmement bas, y compris des taux négatifs. Ils sont revenus à environ 3 %. Cette année, la combinaison d’une inflation plus élevée, de la forte demande internationale de capitaux et des inquiétudes concernant les finances publiques a poussé les taux encore plus haut.
Le taux belge à dix ans a grimpé jusqu’à près de 4,5 %. Cette hausse se répercute également sur les différents taux appliqués aux entreprises et aux particuliers. Ainsi, les taux hypothécaires ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 2011. Il existe un risque réel que les taux augmentent encore si la crise politique actuelle se prolonge.
Il n’y a évidemment jamais de bon moment pour une crise politique, mais dans le contexte de faiblesse actuel de l’économie, cette crise comporte des risques supplémentaires. Les doutes croissants quant à la soutenabilité des finances publiques pourraient pousser les taux d’intérêt sensiblement à la hausse. L’incertitude concernant l’éventuelle introduction de nouveaux impôts continue également de peser.
En raison de toute l’attention accordée aux négociations budgétaires, il reste peu de place pour des mesures politiques sérieuses visant à renforcer l’économie. Cette combinaison risque de freiner davantage les éventuels projets d’investissement.
Pour les prochains trimestres, il est encore possible d’imaginer un scénario positif. Celui-ci suppose notamment que Trump choisisse une sortie rapide du conflit avec l’Iran, que l’Europe trouve une réponse à la concurrence chinoise et que le gouvernement fédéral sorte de l’impasse budgétaire grâce à un plan d’assainissement favorable à la croissance
Ce n’est toutefois pas le scénario le plus probable. Les perspectives actuelles indiquent plutôt une prolongation de la situation actuelle : une croissance économique anémique accompagnée d’une inflation trop élevée. Les nombreuses incertitudes qui assombrissent aujourd’hui l’économie belge ne disparaîtront très probablement pas dans l’immédiat. Dans ce contexte, la Belgique peut difficilement se permettre une crise politique prolongée.
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