
L’Ordre français des experts-comptables s’allie au Crédit Agricole, à LCL et à Kolecto. Une coopération qui interpelle : et si les banques devenaient demain les principales concurrentes de nos cabinets ? Face à cette évolution, préserver notre indépendance et notre relation de confiance avec nos clients devient un enjeu essentiel.
Une coopération qui interroge l’avenir des cabinets !!!
Chères consœurs, chers confrères,
Lorsque j’avais découvert cette information, je m’étais demandé si je n’avais pas mal lu. Pourtant, les faits sont là : l’Ordre institutionnel et réglementaire français des experts-comptables a bien signé une convention avec le Crédit Agricole, LCL sa filiale urbaine et Kolecto, sa fintech qui annonce accueillir quelque 20 000 nouveaux clients chaque mois. Ce n’est plus là, pour ces 3 sociétés sœurs une expérimentation. C’est une véritable stratégie de conquête.
Eh oui, l’Ordre français s’est associé à des acteurs qui pourraient, demain, devenir de redoutables concurrents de nos cabinets !
L’annonce, faite à l’occasion du 81ᵉ Congrès de l’Ordre, mérite que nous nous y arrêtions. Surtout en Belgique, où la facturation électronique bouleverse déjà nos habitudes et redistribue les cartes.
L’objectif affiché est séduisant : rapprocher banques, expert·e·s-comptables et outils de gestion pour simplifier la vie des entrepreneur·e·s. Qui pourrait s’opposer à davantage de simplicité ?
Mais derrière cette belle promesse, quelques questions me taraudent.
Qui maîtrisera demain les données de nos clients ? Qui préservera notre relation privilégiée avec les entrepreneur·e·s ?
Et surtout, une question plus dérangeante encore :
Et si, demain, notre principal concurrent n’était plus le cabinet voisin, ni le cabinet 100 % digitalisé, ni même l’un des grands réseaux internationaux… mais tout simplement la banque de notre client ?
Bien sûr, les banques ont leur métier. Nous avons le nôtre. Et la collaboration peut être féconde.
Mais notre indépendance, notre proximité et cette connaissance intime des entreprises que nous accompagnons parfois depuis plusieurs générations ne sont pas négociables.
Je m’interroge surtout sur le rôle de nos institutions professionnelles. Leur mission n’est-elle pas, avant tout, comme l’ITAA l’assume dorénavant, de préserver les conditions dans lesquelles nous pouvons exercer librement notre métier ?
Car chez nous, en Belgique ? Avec Peppol et les ambitions croissantes des acteurs financiers et de certains éditeurs de logiciel, ne risquons-nous pas de découvrir trop tard que d’autres ont déjà redessiné notre terrain de jeu ?
Coopérer, oui. Dépendre, non.
Notre futur ne se construira pas en érigeant des murailles autour de nos cabinets, mais en veillant à ce que les ponts que nous bâtissons ne deviennent jamais des voies à sens unique.
Car construire l'avenir, ce n'est pas abonner notre indépendanc