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Comment les cabinets français envisagent-ils de se refonder?

Les quatre piliers de la refondation des cabinets — et le cinquième élément

Réglementation, relation client, offre de valeur, compétences : le 81e congrès des experts-comptables français a construit sa « [Re]fondation » sur quatre piliers, et sur un cinquième élément sans lequel les quatre autres restent décoratifs — l'engagement.

Cette grille a été pensée pour les cabinets français, mais elle décrit exactement ce que nos cabinets bruxellois et brabançons traversent depuis le passage à la facture électronique structurée B2B, le 1er janvier 2026. Voici comment elle se lit chez nous.

Le 81e congrès de l'Ordre des experts-comptables français s'est tenu à Paris du 16 au 18 septembre 2026, sous le titre « [Re]fondation des cabinets : environnement – valeur – compétences ». La séance inaugurale a ouvert la réflexion autour de quatre piliers confiés à quatre rapporteurs — Pierrick Chauvin, Charlotte Pachabeyian, Elvire Sekloka et Emmanuel Lejeune — avant que le président du Conseil national, Damien Charrier, n'y ajoute un cinquième élément. L'exercice n'a rien d'un catalogue : chacun de ces piliers pose une question à laquelle un cabinet ne peut pas répondre par un achat de logiciel.

Nous ne sommes plus à chercher à optimiser l'existant. La question est de savoir ce que sera demain un cabinet utile, différenciant et rentable.


Premier pilier — la réglementation, ce qui fait l'expert-comptable

La réglementation n'est pas la contrainte que subit la profession : c'est ce qui la constitue. Elle régule l'exercice, elle assure la pérennité du titre, et surtout elle fonde la confiance des tiers — banques, administrations, investisseurs, repreneurs. Un chiffre certifié par un professionnel réglementé ne vaut pas la même chose qu'un chiffre produit par une plateforme.

Le congrès a rappelé un constat qui vaut aussi pour nous : la réglementation de la profession a davantage bougé au cours des quinze dernières années qu'au cours des soixante précédentes. Et la position défendue par nos confrères français mérite d'être méditée : cette évolution ne peut pas se faire à n'importe quel prix. Il faut un équilibre entre consolidation et adaptation, entre stabilité et modernité.

La lecture belge

Nous connaissons la même tension. La lutte contre l'exercice illégal, la déontologie appliquée aux collaborations rémunérées avec des tiers, la place de l'expert-comptable dans les dispositifs anti-blanchiment : ces sujets ne sont pas des sujets de juristes, ce sont les murs porteurs de notre valeur économique. Nos confrères français ont obtenu de leur administration fiscale un dispositif de partage d'informations destiné à détecter les cas d'exercice illégal, et travaillent au renforcement des sanctions. C'est un exemple concret de ce qu'une institution peut arracher quand elle parle d'une seule voix.


Deuxième pilier — la relation client, ou gagner du temps pour revoir ses clients

C'est sans doute le pilier le plus dérangeant, parce qu'il pointe un paradoxe que chacun a vécu. Pendant des années, nous avons cherché à produire plus vite, de manière plus intense, plus efficacement — et nous avons parfois perdu le lien avec nos clients. La formule entendue à Paris était cruelle et juste : pendant des années vous avez gagné du temps pour voir moins vos clients ; il s'agit maintenant de gagner du temps pour les voir plus.

L'argument n'est pas sentimental, il est stratégique. Face à des acteurs qui proposeront des solutions cent pour cent digitales, notre différence ne sera pas le choix d'un logiciel. Elle sera le service, la proximité et la conscience professionnelle. Autrement dit : la capacité d'écouter, d'anticiper, de rassurer.

La lecture belge

Le passage à la facture électronique nous a donné une expérience grandeur nature. Ceux d'entre nous qui ont appelé leurs clients en amont, expliqué la réforme, accompagné le choix de la solution, ont vécu un premier trimestre 2026 très différent de ceux qui ont attendu les questions. La question que pose ce pilier est simple et elle mérite d'être posée en réunion d'équipe : quelle expérience faisons-nous vivre à nos clients, concrètement, aujourd'hui ?


Troisième pilier — l'offre de valeur, sortir de la seule production

La valeur, ce sont les missions et les offres que nous proposons. L'idée défendue au congrès est que l'automatisation doit permettre de sortir de la seule production, de faire évoluer le modèle économique et de développer de nouveaux services. La valeur, ici, n'est pas celle que nous facturons : c'est celle que le client perçoit.

Avec les données disponibles en temps réel, de nouvelles missions deviennent possibles — davantage de pilotage, davantage de conseil. Le point important, et il a été souligné avec insistance : c'est une opportunité pour tous les cabinets, quelle que soit leur taille. Le pilotage n'est pas réservé aux grandes structures ; il suppose une méthode, pas un département.

La lecture belge

La facture électronique structurée nous livre, à nous cabinets belges, une matière que nous n'avions pas : des flux fiables, datés, exploitables, disponibles avant la clôture. Un tableau de bord trimestriel, un suivi du besoin en fonds de roulement, une alerte sur les délais de paiement, une simulation fiscale en cours d'exercice — autant de missions qui étaient coûteuses à produire hier et qui deviennent réalistes. La vraie question n'est plus technique : elle est commerciale et tarifaire. Savons-nous nommer, présenter et facturer ces missions ?


Quatrième pilier — les compétences, faire évoluer nos talents et nos équipes

Dans un monde qui change, nous devons faire évoluer nos compétences et celles de nos équipes. La formulation retenue au congrès va plus loin qu'un plan de formation : il s'agit de transmettre les compétences et de manager les équipes pour renforcer les cabinets. Transmettre et manager, c'est-à-dire deux métiers que personne ne nous a appris.

C'est aussi le pilier qui décide de l'attractivité. Un cabinet qui n'offre ni perspective de montée en compétence ni encadrement ne retient pas ses collaborateurs, et la concurrence sur ce terrain ne se joue plus seulement entre cabinets : elle se joue avec les entreprises, les administrations et les éditeurs.

La lecture belge

L'intelligence artificielle déplace le curseur plus vite que la facture électronique. Le ministre français l'a formulé d'une manière qui devrait nous servir de boussole : l'automatisation ne pourra jamais dispenser du jugement professionnel, parce qu'une entreprise aura toujours besoin de quelqu'un qui connaît sa situation, qui sait interpréter ses comptes et qui peut éclairer ses choix. Notre travail de formation consiste donc moins à apprendre les outils qu'à renforcer précisément ce que les outils ne font pas : lire une situation, arbitrer, engager sa responsabilité.


Le cinquième élément — l'engagement, sans lequel les quatre autres restent décoratifs

Les quatre piliers donnent une direction. Ils sont, selon la formule employée à la tribune, une condition nécessaire mais non suffisante. Ce qui manque, et qui a été nommé le cinquième élément, c'est l'engagement : celui de chaque cabinet, de chaque associé, de chaque équipe.

C'est aussi l'enseignement d'un intervenant qui n'était pas expert-comptable, l'historien Mathieu Baudin, directeur de l'Institut des futurs souhaitables. La chenille, rappelait-il, n'a ni l'idée, ni l'envie, ni la capacité d'imaginer qu'elle puisse devenir papillon : son premier réflexe devant les cellules de la métamorphose est d'envoyer les anticorps. Puis vient un point de bascule. Sa conclusion : il y a plus de risques à ne pas bouger qu'à bouger. Et sa méthode, en trois verbes : abandonner ce qu'on ne veut plus faire, améliorer ce qui peut l'être, adopter quelque chose de nouveau.


Synthèse — les cinq piliers traduits pour un cabinet belge

Pilier

Ce qu'en dit le congrès français

Traduction pour nos cabinets

Réglementation

Ce qui fait l'expert-comptable, régule la profession et fonde la confiance des tiers ; à faire évoluer sans sacrifier la stabilité.

Exercice illégal, déontologie des collaborations rémunérées, anti-blanchiment : des murs porteurs, pas des formalités.

Relation client

Remettre le client au cœur du cabinet ; la différence se fera sur le service, la proximité et la conscience, pas sur le logiciel.

Capitaliser sur l'accompagnement de la bascule e-facturation ; poser en équipe la question de l'expérience client réellement vécue.

Offre de valeur

Sortir de la seule production grâce à l'automatisation ; nouvelles missions de pilotage, pour tous les cabinets quelle que soit leur taille.

Exploiter les flux structurés disponibles depuis 2026 : tableaux de bord, suivi des délais de paiement, simulations en cours d'exercice — et savoir les facturer.

Compétences

Faire évoluer les talents, transmettre les compétences, manager les équipes pour renforcer les cabinets.

Former moins aux outils qu'au jugement professionnel : lire une situation, arbitrer, engager sa responsabilité. Enjeu direct d'attractivité.

Engagement

Le cinquième élément : la direction ne suffit pas, il faut l'engagement de chaque cabinet et de chaque équipe.

Abandonner, améliorer, adopter. Trois décisions à prendre cette année, pas un plan à cinq ans.

Aucun de ces cinq piliers ne se règle par un abonnement. Tous supposent une décision d'associé, un calendrier et une équipe informée. C'est précisément pour cela qu'un Ordre sert à quelque chose : ni pour décider à votre place, ni pour vous rassurer à bon compte, mais pour vous donner, le plus tôt possible, ce que nous avons entendu ailleurs.


Notes

1. 81e congrès de l'Ordre des experts-comptables, « [Re]fondation des cabinets : environnement – valeur – compétences », Paris, Parc des expositions de la Porte de Versailles, 16-18 septembre 2026 — congres.experts-comptables.com.

2. Les propos rapportés sont issus de la séance plénière inaugurale du 16 septembre 2026. Les données chiffrées du déploiement français y afférentes sont reprises en ordres de grandeur.

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Publié le 10 Sep 2026 à 04:30
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