​Et si le désordre commercial de Trump n'était qu'un rideau de fumée pour briser le dollar?

Au-delà des hurlements, des effets d’annonce, de l’imposition de droits de douane proclamés avec fracas avant d’être assouplis, bref, de tout le chaos associé à la politique commerciale de Donald Trump, nous ne percevons peut-être pas le plan global dans lequel ces égarements s’entrelacent.

L’ennemi économique des États-Unis, c’est la Chine. Or, les États-Unis importent bien plus de biens chinois qu’ils n’en exportent vers ce pays. Depuis dix ans, leur déficit commercial a oscillé entre 280 et 383 milliards de dollars, sans jamais se réduire significativement malgré les mesures protectionnistes. Les États-Unis exportent principalement des matières premières (soja, pétrole) et des produits high-tech (aéronautique), tandis que la Chine domine les biens manufacturés. Trump veut que les États-Unis redeviennent un pays producteur et exportateur, une ambition qui s’inscrit dans un plan global conçu avec les meilleurs financiers dont il s’est entouré.

Ce plan vise à convaincre les entreprises de produire aux États-Unis (pour contourner les barrières tarifaires), à injecter du pouvoir d’achat au bénéfice des travailleurs américains, et surtout à rétablir ce qu’on appelle les « termes de l’échange » — un équilibre commercial avec le reste du monde — via un dollar affaibli.

Le but est bien l’affaiblissement important du dollar. Un dollar faible renforcerait le prix des biens importés (pouvant même servir de substitut aux droits de douane). Dans un système de changes flottants, un pays avec une balance commerciale négative comme les États-Unis devrait naturellement voir sa devise s’affaiblir — un phénomène cohérent avec le statut de devise transactionnelle, donc abondante, du dollar.

Et cet affaiblissement sera couplé à l’obligation, pour les pays souhaitant maintenir des relations commerciales ou une protection militaire avec les États-Unis, de financer le déficit commercial et budgétaire américain, ce qui accentuerait encore sa faiblesse. Sans compter la probable mise sous tutelle de la Banque centrale américaine, qui sera contrainte d’abandonner son combat contre l’inflation.

C’est pourquoi le secrétaire au Trésor de Donald Trump, dont l’expertise n’est plus à prouver, évoque un processus de réalignement monétaire, comparable aux accords du Plaza de 1985, mais baptisé « accords de Mar-a-Lago », du nom de la résidence floridienne de Trump. Si l’on adopte cette grille de lecture, on comprend pourquoi Trump ne s’inquiète pas des fluctuations boursières actuelles, qu’il considère comme une phase de transition dans le cadre de ce plan global.

Cela implique aussi que Donald Trump prépare une immense aspiration de richesses du reste du monde vers les États-Unis, en parfaite adéquation avec ses slogans de campagne et ses multiples références à l’âge d’or américain.

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