
Depuis le 1er septembre 2026, les plafonds des indemnités forfaitaires de séjour en Belgique sont de 22,08 euros par jour pour les repas, 353,28 euros par mois pour les fonctions itinérantes et 165,60 euros par nuit pour l'hébergement. Pour l'entreprise, la question n'est pas seulement de changer trois chiffres dans la paie : il faut vérifier, situation par situation, que le forfait versé reste un remboursement de frais et ne devient pas de la rémunération imposable.
Notre article du 11 mars 2026 détaillait les montants applicables depuis le 1er mars 2026 (21,64 euros par jour, 16 fois 21,64 euros par mois, 162,35 euros par nuit) et concluait que ces forfaits sont un outil utile à deux conditions cumulatives : la réalité professionnelle du déplacement et la cohérence du montant avec la norme admise par l'administration. Cette conclusion reste intacte. Le présent dossier la prolonge sur un point précis : que faire, concrètement, lorsque la norme bouge deux fois dans la même année ? Notre article de mars, toujours en ligne sur le blog Deg & Partners, reste la porte d'entrée pour les principes ; le présent dossier en reprend et en précise les règles pratiques.
Le cadre juridique, lui, ne change pas. Les sommes obtenues en remboursement de dépenses propres à l'employeur ne constituent pas une rémunération imposable1. Lorsque ce remboursement prend la forme d'un forfait, il doit reposer sur une norme sérieuse ; pour les missions en Belgique, l'administration admet comme telle les indemnités que l'État octroie à son propre personnel, fixées par l'arrêté royal du 13 juillet 20172.
La circulaire 2026/C/83, datée du 9 septembre 2026, publie trois plafonds applicables à partir du 1er septembre 20263. Chacun progresse d'environ 2 % par rapport aux montants du 1er mars, eux-mêmes déjà relevés par rapport à 2025. Le tableau ci-dessous reprend les trois derniers paliers, tels qu'ils figurent dans l'annexe de la circulaire.
Depuis le | Repas (par jour) | Forfait mensuel (temps plein) | Nuitée |
|---|---|---|---|
01.03.2025 | 21,22 € | 16 × 21,22 € = 339,52 € | 159,17 € |
01.03.2026 | 21,64 € | 16 × 21,64 € = 346,24 € | 162,35 € |
01.09.2026 | 22,08 € | 16 × 22,08 € = 353,28 € | 165,60 € |
Deux enseignements pratiques en découlent. D'abord, les montants de la circulaire sont des maximums : l'employeur peut verser moins, il ne peut pas verser davantage sans que l'excédent ne devienne, en principe, de la rémunération imposable, sauf à prouver des frais réels. Ensuite, la date de la circulaire est postérieure à la date d'application : un forfait de septembre calculé sur l'ancien plafond reste parfaitement correct, mais l'entreprise qui souhaite aligner sa politique sur le nouveau plafond peut le faire dès le 1er septembre, en régularisant au besoin les paies de septembre déjà clôturées.
L'enjeu financier est modeste ; l'enjeu de conformité ne l'est pas : un forfait relevé au-delà de 353,28 € serait imposable pour la partie excédentaire
Depuis le 1er janvier 2024, les fonctionnaires fédéraux ne perçoivent plus d'indemnité journalière de séjour pour leurs missions en Belgique : elle a été supprimée au profit des chèques-repas4. L'administration fiscale a toutefois accepté que le montant de base de 10 euros par jour continue de servir de norme sérieuse pour le secteur privé. Ce montant subsiste comme « montant virtuel journalier » utilisé pour calculer le forfait mensuel, et il continue d'être indexé : c'est lui qui atteint 22,08 euros au 1er septembre 20265.
Depuis 2024, le forfait repas de 22,08 euros n'est plus le reflet d'une indemnité versée par l'État : c'est une norme fiscale maintenue par tolérance. Ses conditions doivent donc être respectées à la lettre.
La tolérance n'est accordée que si trois conditions sont réunies6. Le déplacement de service doit durer au moins 6 heures. Le repas ne peut pas être pris en charge par l'employeur ou par un tiers, par exemple un client qui invite le travailleur à déjeuner. Enfin, aucun autre avantage ne peut couvrir les frais de repas : l'accès, pendant la mission, à un restaurant d'entreprise lié à l'employeur suffit à exclure le forfait. Un restaurant d'entreprise au siège n'exclut en revanche pas le forfait d'un consultant en mission chez un client à Gand. Une demi-journée chez un client ou un lunch offert lors d'une formation sont autant de situations où le forfait n'a pas lieu d'être.
Lorsque des chèques-repas sont octroyés pour les jours de déplacement, l'intervention de l'employeur dans le chèque doit être portée en diminution du forfait7. La question a gagné en importance depuis que l'intervention patronale maximale dans le titre-repas électronique a été portée à 8,91 euros pour les titres attribués à partir du 1er janvier 20268. L'imputation porte sur l'intervention patronale effective : 8,91 euros est un maximum, de sorte que 13,17 euros est le forfait le plus bas qui puisse subsister.
Sur quinze jours de mission par mois, le cumul intégral ferait apparaître 133,65 € de rémunération imposable par mois et par travailleur
Le forfait mensuel vise les travailleurs dont la fonction implique des prestations régulières en dehors de l'entreprise : délégués commerciaux, techniciens de maintenance, inspecteurs. Il est plafonné à 16 fois le montant virtuel journalier, soit 353,28 euros par mois pour une prestation à temps plein depuis le 1er septembre 20269. Ses règles, rappelées dans notre article de mars, viennent de l'arrêté royal du 13 juillet 2017 : le nombre de jours est le même pour tous les travailleurs qui exercent la même fonction, il se calcule sur la moyenne des prestations à temps plein de l'année précédente et il est revu chaque année. Le forfait n'est pas dû pendant une interruption continue de 30 jours, hors congés annuels. Et contrairement au forfait repas, il n'est pas soumis à la condition des 6 heures par déplacement9.
Le plafond de 16 jours est fixé pour une prestation à temps plein : pour un travailleur à temps partiel, ce maximum est réduit au prorata du régime de travail. Une entreprise qui avait aligné ses forfaits sur 346,24 euros en mars peut les porter à 353,28 euros à partir de septembre, sans aller au-delà.
L'indemnité complémentaire pour frais d'hébergement atteint 165,60 euros par nuit3. Elle couvre le logement que le travailleur paie lui-même lorsqu'il doit passer la nuit en Belgique en dehors de son domicile, à plus de 75 km, pour les besoins de la mission : ce seuil de distance, fixé par l'arrêté royal du 13 juillet 2017, ne figure pas dans la circulaire mais s'impose dès lors qu'elle renvoie à l'indemnité équivalente de l'État10. Si l'hôtel est réservé et réglé par l'entreprise, ou offert par un client, le forfait n'a plus d'objet.
Total maximal fiscalement non imposable : 585,12 € — à condition de conserver la preuve du déplacement (ordre de mission, planning de chantier). Côté ONSS, conservez les factures d'hôtel
Les montants de la circulaire sont des plafonds fiscaux. Pour les travailleurs salariés, l'ONSS applique ses propres règles aux séjours en Belgique : il retient notamment un forfait de 35 euros par nuit, qui couvre le repas du soir, le logement et le petit-déjeuner, et il considère comme rémunération les sommes qui excèdent les frais réellement exposés11. « Non imposable » ne veut donc pas dire « net de cotisations » : dans l'exemple d'Ostende, sans factures d'hôtel, le solde du forfait d'hébergement risque d'être soumis aux cotisations sociales. Le dirigeant d'entreprise, qui n'est pas assujetti à l'ONSS, n'est pas concerné par ce point.
La circulaire 2026/C/83 vise les indemnités qu'un employeur octroie aux « membres de son personnel »12. Le gérant ou l'administrateur qui se déplace pour sa société n'est pas un travailleur salarié, mais le principe des dépenses propres vaut aussi pour lui : la société peut lui rembourser forfaitairement des frais qui lui incombent. L'administration organise d'ailleurs la mention de ces remboursements sur la fiche 281.20 des dirigeants d'entreprise, comme sur la fiche 281.10 des travailleurs13. Le Code des impôts exclut d'ailleurs expressément des rémunérations des dirigeants les remboursements de frais propres à la société, et l'administration applique mutatis mutandis aux dirigeants ses règles de justification1. La circulaire 2026/C/83 ne visant pas le dirigeant en toutes lettres, l'application de ses plafonds procède d'une analogie : elle suppose les mêmes conditions et une documentation des missions aussi rigoureuse que pour un travailleur.
Depuis les revenus de 2022, les forfaits fondés sur des normes sérieuses doivent être mentionnés pour leur montant sur les fiches 281.10 et 281.2013. Les fiches des revenus de 2026 agrégeront donc des indemnités calculées sur trois barèmes successifs : jusqu'au 28 février, du 1er mars au 31 août, puis à partir du 1er septembre. Un paramétrage de paie qui distingue ces périodes facilite la justification en cas de question de l'administration.
Votre situation | Plafond fiscal non imposable | Condition déterminante | À faire |
|---|---|---|---|
Mission ≥ 6 h, repas à charge du travailleur | 22,08 € par jour | Aucun repas ni avantage repas pris en charge | Mettre à jour le barème |
Mission avec chèque-repas | 22,08 € – part patronale (13,17 € si 8,91 €) | Imputation de la part patronale | Paramétrer la déduction |
Repas offert ou restaurant d'entreprise accessible pendant la mission | 0 € | Avantage repas existant | Ne pas verser le forfait |
Fonction itinérante (temps plein) | 353,28 € par mois (prorata si temps partiel) | Moyenne de jours de l'année précédente, par fonction | Revoir le forfait mensuel |
Nuitée en Belgique à ses frais | 165,60 € par nuit (ONSS : 35 € tout compris) | Plus de 75 km, logement non pris en charge | Conserver ordre de mission et factures |
Dirigeant d'entreprise | Mêmes plafonds, par analogie | Mission pour la société | Mention sur la fiche 281.20 |
Commencez par vérifier la date à laquelle votre secrétariat social ou votre logiciel de paie a intégré les montants du 1er septembre 2026 : 22,08 euros, 353,28 euros et 165,60 euros. Profitez-en pour relire votre politique de déplacements : si elle cite des montants en euros plutôt qu'un renvoi aux plafonds administratifs, elle devra être réécrite à chaque indexation, et 2026 en a déjà connu deux.
Contrôlez ensuite les cumuls. Les jours de mission donnant lieu à un chèque-repas, à un repas offert ou à l'accès, sur place, à un restaurant d'entreprise appellent un forfait réduit ou nul. Pour les fonctions itinérantes, mettez à jour la moyenne de jours de déplacement qui justifie le forfait mensuel. Supprimez de vos paramétrages le critère de 25 km, qui n'existe plus depuis 2024 pour le forfait repas, et vérifiez le seuil de 75 km pour les nuitées. Pour les dirigeants d'entreprise, documentez les missions comme pour les travailleurs. Enfin, assurez-vous que les fiches 281.10 et 281.20 des revenus de 2026 reprendront les montants effectivement remboursés. Nos équipes peuvent vous accompagner dans cette revue.
Deg & Partners accompagne ses clients dans la revue de leur politique de frais de déplacement : vérification des barèmes, contrôle des cumuls avec les chèques-repas, documentation des fonctions itinérantes et préparation des fiches fiscales. N'hésitez pas à nous solliciter pour un examen de votre situation.