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Indexer ou ne pas indexer les retraites: la vraie question est ailleurs

​Je m'aventure ici en dehors de mon champ habituel de compétence, qui relève davantage de l'économie et de la finance que de la politique sociale. Mais certaines comparaisons internationales méritent d'être discutées, tant elles éclairent nos choix collectifs.

​Le modèle suédois est souvent présenté comme une référence. Pourtant, il diffère profondément du système belge, non seulement sur le plan technique, mais surtout sur le plan philosophique.

​Contrairement à une idée reçue, la Suède n'a pas abandonné la répartition : les cotisations des actifs financent toujours les pensions des retraités. Mais elle a introduit un mécanisme automatique qui ajuste l'évolution des pensions à la croissance économique et à la démographie. Lorsque la richesse produite ralentit ou que le vieillissement déséquilibre le système, les pensions progressent moins vite, voire diminuent temporairement.

​Cette logique présente des qualités incontestables. Elle garantit la soutenabilité financière, évite les réformes permanentes et limite le report des charges sur les générations futures.

​Mais elle dénature, selon moi, le principe même de la solidarité intergénérationnelle qui constitue le fondement du système belge de répartition.

​Chez nous, le contrat social est simple : les actifs financent les pensions des inactifs. Les retraités ne sont pas censés partager directement le risque économique. Celui-ci est mutualisé entre les générations et, si nécessaire, pris en charge par les finances publiques. La solidarité n'est donc pas conditionnelle : elle constitue la raison d'être du système.

​Le modèle suédois repose sur une autre philosophie. Les retraités supportent eux-mêmes une partie du risque économique. La pension devient davantage un revenu, évoluant avec les performances de l'économie, qu'un droit social protégé. Cette approche reflète probablement une culture marquée par l'héritage protestant, où la responsabilité individuelle, la discipline budgétaire et l'acceptation des ajustements automatiques occupent une place centrale.

​Faut-il, pour autant, ignorer cette expérience ? Je ne le crois pas.

​Sans remettre en cause notre système de répartition, il serait possible d'en renforcer la cohérence économique. Plutôt que de désindexer, par paliers, certaines pensions légales élevées, on pourrait conditionner durablement leur indexation au taux de croissance réel de l'économie.

​Une telle règle serait simple et prévisible. Lorsque la croissance est soutenue, ces pensions resteraient indexées. Lorsqu'elle ralentit durablement, leur indexation serait progressivement modulée. Il ne s'agirait plus d'une décision politique ponctuelle, mais d'un mécanisme permanent, transparent et objectivable.

​Nous préserverions ainsi le cœur de notre modèle tout en reconnaissant une évidence économique : une nation ne peut durablement distribuer davantage de revenus qu'elle n'est capable d'en produire.​​​

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