
Le monde glisse lentement vers des régimes autoritaires, voire ploutocratiques, où les droits individuels et collectifs sont progressivement affaiblis. L’exemple le plus spectaculaire est aujourd’hui celui des États-Unis, où l’enrichissement du président à travers des activités liées aux cryptomonnaies et des délits d’initié est stupéfiant et sans limites. Le pouvoir politique et les intérêts privés semblent se confondre.
Ailleurs, ces dérives sont plus anciennes. Certains régimes ne sont démocratiques qu’en apparence. Le système y est verrouillé au point d’étouffer toute voix dissidente. Des journalistes sont assassinés, des opposants emprisonnés, des hommes d’affaires trop critiques meurent en tombant par les fenêtres. Et, comme si cela ne suffisait pas, des guerres d’une violence effroyable ravagent des populations entières, de l’Ukraine au Proche-Orient.
Mais prenons garde à ne pas considérer ces dérives comme ne relevant que des autres. Même en Belgique, la démocratie représentative se fragilise à bas bruit.
Le pouvoir législatif perd progressivement de sa substance au profit d’une particratie qui transforme trop souvent les élus en fractions arithmétiques de majorités préétablies. Le Sénat est promis à la disparition. Les régions disposent de faibles compétences et d’une autonomie fiscale très limitée. Et le débat politique se déplace toujours davantage vers les réseaux sociaux et les plateaux de télévision, dominés par des présidents de parti dont la légitimité vient du vote de leurs adhérents, et non directement de l’expression du suffrage universel.
Pourquoi ce glissement ?
Les causes sont multiples. Dans la zone euro, les États ne doivent plus défendre seuls l’attribut régalien ultime qu’est la monnaie. Cette délégation a stabilisé l’espace monétaire, mais elle a aussi éloigné une part de la contrainte politique immédiate. Le débat public se concentre alors sur le déficit, la dette, les équilibres budgétaires et les urgences du moment. La gestion prend le pas sur la vision. Les gouvernements administrent davantage qu’ils ne projettent.
À cela s’ajoutent la fatigue démocratique, la complexité des institutions, la fragmentation de l’information et la personnalisation extrême du pouvoir. La démocratie ne disparaît pas nécessairement dans un fracas. Elle peut s’éroder par de petites renonciations successives, par l’habitude de l’urgence, par la banalisation du mépris, par l’abandon progressif des contre-pouvoirs.
C’est précisément pour cette raison que l’État de droit, la démocratie et l’expression citoyenne doivent être défendus avec plus de force que jamais. Non pas par quelques-uns, mais par toutes et tous. Une démocratie ne survit pas par inertie. Elle ne tient que grâce à la vigilance de ceux qui l’habitent.