
Lorsqu'une enquête de satisfaction recueille plus de 750 réponses en quelques semaines, c'est en soi un signal. Les membres de l'ITAA ne sont pas indifférents à leur institution. Ils ont des attentes. Des frustrations. Et, manifestement, le besoin de les exprimer.
Le profil des répondants est représentatif de la profession : 42,6 % sont experts-comptables certifiés, 15 % experts-comptables fiscalistes internes, 13,2 % stagiaires ITAA. Près de la moitié — 48,2 % — sont membres depuis plus de vingt ans. Ce ne sont pas des novices qui découvrent l'institution. Ce sont des professionnels chevronnés, qui connaissent l'ITAA de l'intérieur, et qui ont pris le temps de répondre.
La structure des cabinets représentés est tout aussi parlante : 32,4 % travaillent seuls à titre principal, 37 % comptent entre 1 et 5 collaborateurs. Les petits cabinets représentent donc l'écrasante majorité des répondants — et, par extension, de la profession.
► En bref
✓ 750+ répondants, profil représentatif de la profession.
✓ 48,2 % membres depuis plus de 20 ans — une expérience institutionnelle solide.
✓ Plus de 69 % issus de petits cabinets (solo ou moins de 5 collaborateurs).
Le chiffre central de l'enquête est brutal : 63 % des répondants se déclarent insatisfaits ou très insatisfaits de l'ITAA. À peine 7,6 % expriment une satisfaction réelle. Le reste, soit près de 30 %, se réfugie dans la neutralité — une neutralité qui, dans ce contexte, ressemble davantage à une résignation qu'à un jugement équilibré.
Plus révélatrice encore est la perception de l'évolution récente de l'institution : 59,4 % estiment que l'ITAA s'est détériorée ces dernières années (42 % « détériorée », 17,4 % « fortement détériorée "). Seuls 8,4 % perçoivent une amélioration. En d'autres termes, pour six membres sur dix, les choses ne vont pas en s'améliorant. Elles vont en s'aggravant.
Ce sentiment de dégradation se décline en plusieurs dimensions. La question du soutien aux membres dans l'exercice de leur profession révèle que 78,4 % estiment ne pas être suffisamment soutenus. La correspondance entre l'ITAA et la réalité quotidienne du terrain est encore plus négativement évaluée : 81,1 % estiment que l'institution ne reflète pas leur pratique quotidienne. Et la confiance en l'ITAA comme représentant de la profession atteint un niveau alarmant : 62,3 % n'ont pas confiance — ou peu — en leur institution nationale.
« Dans quelle mesure vous sentez-vous impliqué dans les décisions importantes qui influencent votre profession ? — 80,8 % répondent négativement. »
► En bref
✓ 63 % insatisfaits ou très insatisfaits — seuls 7,6 % satisfaits.
✓ 59,4 % estiment que l'ITAA s'est détériorée ces dernières années.
✓ 81,1 % ne retrouvent pas leur réalité quotidienne dans leur institution.
✓ 80,8 % ne se sentent pas impliqués dans les décisions qui les concernent
L'enquête explore ensuite la qualité des services concrets rendus aux membres. Le helpdesk — point de contact quotidien entre l'institution et ses membres — concentre les critiques les plus vives. C'est d'ailleurs le premier point de difficulté cité par 54,9 % des répondants lorsqu'on leur demande quels services de l'ITAA posent le plus de problèmes.
L'accessibilité est jugée insuffisante par 59,4 % des membres. La rapidité de réponse est insatisfaisante pour 61,7 %. La clarté des réponses l'est pour 47,4 %. Et leur applicabilité concrète dans la pratique quotidienne laisse 49 % sur leur faim.
Un chiffre mérite une attention particulière : 64,4 % des membres ne savent pas clairement à quel service de l'ITAA s'adresser pour leur question. Ce n'est pas un problème de qualité de réponse. C'est un problème d'orientation, de lisibilité organisationnelle — un déficit de base qui rend l'institution opaque à ceux qu'elle est censée servir.
Sur le plan des outils informatiques, le constat est tout aussi sévère : malgré des investissements déclarés importants dans la digitalisation, 54,7 % des membres ne perçoivent aucune différence concrète dans les services. Pire : 12,3 % estiment que les services se sont détériorés. L'outil BeExcellent, déployé comme solution phare, est jugé de mauvais rapport qualité-prix par 46,5 % des répondants.
► En bref
✓ Le helpdesk est le premier point de friction, cité par 54,9 % des répondants.
✓ 64,4 % ne savent pas à quel service s'adresser — un déficit de lisibilité organisationnelle.
✓ Malgré des investissements IT importants, 54,7 % ne perçoivent aucune amélioration concrète.
La section consacrée aux petits cabinets produit les résultats les plus frappants de toute l'enquête. Ils méritent d'être lus sans filtre.
À la question « Dans quelle mesure estimez-vous que l'ITAA tient compte de la situation spécifique des petits et moyens cabinets ? », 89,2 % répondent négativement. Soit neuf membres sur dix.
La représentation des petits cabinets au sein de l'institution est perçue comme insuffisante par 88,3 % des répondants. La proportionnalité des obligations réglementaires à la taille du cabinet est contestée par 86,9 % (66,8 % « pas du tout proportionnelle »). L'adaptation des cotisations à la réalité des petits cabinets est rejetée par 82,4 %.
Ces chiffres traduisent une réalité structurelle : la grande majorité de la profession — composée de praticiens indépendants et de petites structures — a le sentiment d'être réglementée, taxée et contrôlée à l'aune de structures d'une tout autre nature. C'est un problème de représentation, mais aussi de conception même de la gouvernance institutionnelle.
► En bref
✓ 89,2 % estiment que l'ITAA ne tient pas compte de la situation des petits cabinets.
✓ 86,9 % jugent les obligations réglementaires non proportionnelles à la taille du cabinet.
✓ 82,4 % trouvent les cotisations inadaptées à leur réalité.
Deux thèmes émergent avec force dans la partie consacrée à la profession elle-même.
> L'intelligence artificielle : une institution muette face à une révolution
68,1 % des membres estiment ne pas être suffisamment soutenus par l'ITAA dans la gestion des évolutions technologiques. 64,2 % jugent que l'institution n'adopte pas de positions claires sur l'utilisation des nouvelles technologies dans la profession. À l'heure où l'intelligence artificielle reconfigure en profondeur les métiers du chiffre, l'absence de positionnement institutionnel est une lacune difficile à ignorer.
> Le bien-être professionnel : un impensé institutionnel
78,3 % des membres estiment que l'ITAA n'accorde pas suffisamment d'attention à la charge de travail et au risque de burn-out (47,3 % « pas du tout »). La pénurie de main-d'œuvre dans la profession est jugée insuffisamment prise en charge par 57,7 % des répondants. Ce sont là des signaux forts sur la soutenabilité des conditions d'exercice — et sur l'incapacité perçue de l'institution à y répondre.
► En bref
✓ 68,1 % ne se sentent pas soutenus face aux évolutions technologiques et à l'IA.
✓ 78,3 % estiment que l'ITAA ignore la problématique du burn-out et de la charge de travail.
✓ 64,2 % déplorent l'absence de positions claires de l'ITAA sur les nouvelles technologies.
L'enquête se clôture sur une question de priorisation. Les résultats dessinent une feuille de route claire pour toute institution qui voudrait reprendre contact avec ses membres.
La dernière question de l'enquête est peut-être la plus révélatrice de toutes : « Dans quelle mesure estimez-vous qu'il est urgent d'apporter des changements au sein de l'ITAA ? » La réponse : 89,5 % des membres jugent le changement urgent ou très urgent (55,2 % « très urgent »). Neuf membres sur dix. Très urgent. Ce n'est pas une demande. C'est un signal d'alarme.
« 89,5 % des membres estiment qu'il est urgent ou très urgent d'apporter des changements au sein de l'ITAA. »
Thème | Insatisfaction | Chiffres-clé |
Satisfaction générale | 63 % | 59,4 % estiment que l'ITAA s'est détériorée |
Soutien aux membres | 78,4 % | 80,8 % ne se sentent pas impliqués dans les décisions |
Helpdesk / accessibilité | 59,4 % | 54,9 % citent le helpdesk comme premier problème |
Outils informatiques | 46,9 % | 54,7 % : aucune amélioration perceptible malgré les investissements |
Petits cabinets | 89,2 % | 86,9 % : obligations non proportionnelles à la taille |
Bien-être / burn-out | 78,3 % | 47,3 % : aucune attention (« pas du tout ») |
IA / transformation digitale | 68,1 % | 64,2 % : absence de positions claires de l'ITAA |
Urgence de changement | — | 89,5 % jugent le changement urgent ou très urgent |
Les données de la grande enquête de satisfaction ne laissent pas de place à l'interprétation. Elles dessinent le portrait d'une institution qui a perdu le contact avec ses membres. La forte participation à cette enquête témoigne, paradoxalement, d'un attachement profond à la profession et d'un désir réel de voir l'institution se transformer.
Les membres ne demandent pas la disparition de l'ITAA. Ils demandent qu'elle les entende. Qu'elle simplifie ce qu'elle a complexifié. Qu'elle défende ce qu'elle est censée protéger. Qu'elle accompagne ce qu'elle ne peut ignorer — la transformation digitale, la pénurie de talents, le risque de burn-out. Qu'elle tienne compte de ce que sont réellement la majorité de ses membres : des indépendants et des petits cabinets qui exercent un métier exigeant, dans des conditions qui méritent mieux qu'une institution absente.
89,5 % disent que c'est urgent. La question n'est plus de savoir s'il faut changer. Elle est de savoir si l'on s'en donnera les moyens — et avec qui.
(*) Les résultats complets de la grande enquête de satisfaction ITAA sont disponibles sur demande auprès de la KVABB – CRECCB. Un débat télévisé animé par Christophe Deborsu, consacré à ces résultats, se tient le lundi 13 avril 2026 à 20h — attestation ITAA de 1,5 heure, accès gratuit.