
L’avertissement de Bill Gates mérite d’être entendu. Il redoute que l’intelligence artificielle bouleverse l’emploi intellectuel, puis que la robotique étende cette transformation au travail manuel. Il décrit une transition à laquelle nos sociétés sont insuffisamment préparées. L’ampleur des pertes d’emplois demeure incertaine. Mais cette incertitude devrait nous conduire à anticiper. (gatesnotes.com)
Son inquiétude dépasse le travail. Elle concerne les usages criminels de l’IA, les menaces informatiques et biologiques, ainsi que la place des relations humaines dans le développement des enfants. Une technologie capable d’assister chacun pourrait aussi nous rendre plus dépendants et plus isolés. Ce sont des risques à encadrer, pas des fatalités. (gatesnotes.com)
J’y vois une question économique fondamentale. Si une part croissante de la production peut se passer du travail humain, comment distribuerons-nous les revenus qui permettent d’en acheter les fruits ? Une entreprise peut gagner à réduire ses effectifs. Une économie entière ne peut ignorer le pouvoir d’achat de ceux dont elle supprime les rémunérations. La rationalité individuelle peut déboucher sur une impasse collective.
Il faudra donc discuter du partage des gains de productivité, du financement de la protection sociale et de la répartition du temps de travail. Avec une attention particulière aux jeunes, auxquels on demande de se former sans pouvoir leur assurer que les premières marches de leur parcours professionnel existeront encore.
Le travail procure aussi une place, une reconnaissance, une manière de participer à la vie commune. Nous devons penser ce qui permettra de préserver cette appartenance lorsque certaines fonctions disparaîtront. L’abondance promise ne suffira pas à faire société.