
Les solutions classiques sont connues : augmenter les impôts ou réduire les dépenses publiques. Mais une consolidation trop brutale peut casser la croissance, réduire le dénominateur du ratio dette sur PIB et rendre l’ajustement plus douloureux. L’Espagne l’a montré après 2010. L’austérité ne suffit donc pas toujours à réduire rapidement le poids de la dette.
Reste une troisième voie : laisser l’inflation éroder la valeur réelle des dettes. Mais le mécanisme est plus complexe qu’il n’y paraît. Si les investisseurs anticipent une inflation durable, ils demanderont des taux d’intérêt nominaux plus élevés. L’inflation ne réduit alors plus la dette, puisque son coût de refinancement augmente en parallèle. Toute la question consiste donc à maintenir les taux d’intérêt en dessous de l’inflation.
C’est ici qu’intervient la répression financière. Elle consiste à orienter l’épargne domestique vers le financement des États, par les banques, les assureurs et les fonds de pension, tout en maintenant le rendement réel de l’épargne à un niveau faible. Les banques deviennent alors davantage captives de leur dette souveraine nationale et les États peuvent continuer à se financer auprès de leur propre système bancaire à bon compte.
L’« euthanasie des rentiers » deviendrait une euthanasie lente des épargnants : inflation supérieure au rendement net de l’épargne, fiscalité sur le capital, taux réels faibles et incitation à conserver l’épargne dans des circuits domestiques.
Cette évolution entraînerait un retour du souverainisme monétaire et financier. L’épargne deviendrait plus visqueuse, moins mobile entre pays, chaque État cherchant à préserver sa propre base de financement.
C’est aussi l’un des obstacles les plus sous-estimés à la consolidation bancaire européenne et à la création d’un marché européen des capitaux. Une véritable mobilité de l’épargne révélerait immédiatement les écarts de qualité entre signatures souveraines. Et une mutualisation financière complète conduirait les pays budgétairement les plus solides à soutenir les plus fragiles.
Voilà le paradoxe européen : nous voulons une union des capitaux, mais nos dettes publiques nous ramènent vers les frontières nationales.
Derrière le débat sur la dette demeure une question : qui paiera ? Le contribuable, le bénéficiaire de dépenses publiques ou l’épargnant ?
Mon intuition est que ce sera, un peu, les trois.