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La Chine est déjà plus grande que l'Amérique

Le lecteur critique s’étonnera sans doute de ce titre et évoquera les statistiques sur le Produit Intérieur Brut, qui montrent que l’Amérique est la plus grande. Et ils ont raison.

Cependant, lorsque nous corrigeons ces statistiques en fonction du pouvoir d’achat, une autre image apparaît.


L’approche classique

Dans l’approche classique, on examine le Produit Intérieur Brut : celui-ci s’élève à 123 trillions de dollars (données FMI, 2026). La part lion revient à l’Amérique avec 32 trillions, soit 26 % du monde. En deuxième position arrive l’Union européenne (oui, oui !) avec 22,5 trillions, suivie de la Chine avec 20,6 trillions.

L’approche par le pouvoir d’achat

Cependant, pour ne pas comparer les pommes et les poires, il faut en réalité corriger les chiffres nominaux avec l’indice de pouvoir d’achat. En effet, avec le même salaire à Londres, on dispose d’un pouvoir d’achat moindre qu’avec ce même salaire, par exemple, à Sofia. Cela n’a rien à voir avec la conversion de la livre sterling en euro, mais bien avec le niveau des prix dans ces deux capitales.

Pour comparer la richesse, il convient donc d’introduire une correction fondée sur le pouvoir d’achat. Le taux de change en parité de pouvoir d’achat (ou taux de conversion) entre deux pays est le taux auquel la devise d’un pays doit être convertie en devise d’un second pays pour garantir qu’une certaine quantité de monnaie du premier pays achète la même quantité de biens et services dans le second pays que dans le premier. Ce taux implicite en parité de pouvoir d’achat est exprimé en devise nationale par rapport au dollar international courant. Les chiffres ci-dessus doivent donc être corrigés par l’indice implicite de pouvoir d’achat. La base est les États-Unis (indice = 1) à partir de laquelle l’indice implicite est déterminé. Pour la Chine, cet indice est de 3,37, alors que le taux nominal du yuan est de 7 par rapport au dollar. Pour la Belgique, par exemple, il s’élève à 0,71, contre un taux de change dollar de 0,85. Pour la France, avec un taux dollar identique évidemment, mais où les produits sont, comme on le sait, moins chers qu’en Belgique, cet indice est de 0,66.

Le Produit Intérieur Brut corrigé du pouvoir d’achat s’élève à 31 trillions pour l’Amérique, 43 trillions pour la Chine. Selon cette approche, la Chine est donc presque 40 % plus grande que les États-Unis. Le chiffre correspondant pour l’Union européenne est de 30 trillions. L’Europe est donc aussi grande que l’Amérique.

L’approche par la production

Pour le lecteur encore peu convaincu, nous pouvons également comprendre ces chiffres du point de vue de la production. Sur l’ensemble des biens produits dans le monde, 36 % provient de la Chine, et 12 %, soit un tiers, des États-Unis. Et non, il ne s’agit pas uniquement de produits bas de gamme, de qualité inférieure. En effet, exprimée en valeur ajoutée, la Chine représente 29 % de la valeur ajoutée mondiale, contre 16 % pour les États-Unis. Ainsi, même en valeur ajoutée, la Chine reste 80 % plus grande que les États-Unis.

Besoin d’une vision à long terme

Make America the greatest again (not greater) devrait être le slogan de Donald Trump. Mais ce n’est en rien réaliste. L’innovation à venir fera que la Chine représentera, également en valeur ajoutée, 36 % du monde dans quelques années. La politique de Xi Jinping est claire : la Chine doit se diriger vers des produits haut de gamme. La Chine est numéro un dans les voitures électriques, les panneaux solaires, les batteries, et bien d’autres secteurs. À titre d’illustration : BYD a vendu 2,3 millions de voitures électriques en 2025, ce qui en fait un acteur plus important que Tesla. Fin 2026, 300 000 de ces voitures seront construites en Hongrie. 77 % des batteries mondiales sont produites par des entreprises chinoises. CATL, une seule entreprise, qui construit également une gigafactory en Allemagne, est responsable de 33 % de la production mondiale de batteries, autrement dit dix fois plus que toutes les entreprises européennes réunies.

« If you can’t beat them, join them ». Je plaide donc pour une coopération avec la Chine plutôt que d’essayer de la surpasser. Les mesures offensives ne sont qu’un simple sursis. Cela ne fonctionne pas. Mettre en place des joint-ventures entre entreprises européennes et chinoises et convaincre ces dernières d’investir en Europe me semble plus pertinent que de gaspiller notre énergie à « les battre ». Mais pour cela, il nous faut une chose de toute urgence, quelque chose que la Chine a et que nous n’avons pas : une vision à long terme.

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