• FR
  • NL
  • EN

La comptabilité de papa s'efface. Une nouvelle profession naît.

Hier, j'attirais votre attention sur un dossier du Vif posant une question qui nous concerne tous : « L'intelligence artificielle va-t-elle dévorer nos cabinets ? »

GRH, Emploi, formationF.F.F.L'IA va-t-elle dévorer nos cabinets ?

Aujourd'hui, ce sont deux articles de La Libre Belgique qui viennent alimenter cette réflexion.

Le premier s'interroge sur l'ombre grandissante de l'IA agentique sur les emplois les plus qualifiés.

Le second révèle que BNP Paribas Fortis entend confier à l'intelligence artificielle une partie importante de certaines tâches aujourd'hui réalisées par des collaborateurs, avec à la clé l'économie potentielle de 1.000 emplois.

Ne nous voilons pas la face : ce qui touche aujourd'hui les banques, les professions intellectuelles et les grandes entreprises atteindra inévitablement, à des degrés divers, le monde de l'expertise comptable.

Une partie croissante de nos travaux de production, de contrôle, d'analyse standardisée et même de rédaction sera automatisée, accélérée ou assistée par l'intelligence artificielle. Notre valeur se déplacera progressivement du traitement de l'information vers son interprétation, sa mise en perspective et son utilisation au service des décisions de nos clients.

  • Cette évolution n'est ni une menace ni une fatalité. Elle constitue surtout une invitation à repenser notre métier.

Pendant des décennies, notre profession a vécu au rythme de la production comptable et fiscale : saisir, contrôler, déclarer, produire. Ce modèle a fait notre force. Il a construit nos cabinets et accompagné des générations de consœurs, confrères, collaboratrices et collaborateurs.

Mais regardons la réalité en face : le centre de gravité est en train de se déplacer.

  • La comptabilité de papa ne disparaît pas. La fiscalité ne disparaît pas davantage. Elles cessent simplement d'être les seuls piliers de notre valeur. Et c'est précisément là que réside notre formidable opportunité.
  • L'intelligence artificielle ne remplace pas l'humain. Elle nous libère progressivement d'une partie du travail de production pour nous permettre d'exercer davantage notre véritable métier : comprendre, expliquer, anticiper, sécuriser, rassurer et accompagner.

Nos collaboratrices et collaborateurs ne seront plus uniquement des producteurs de données. Ils deviendront de plus en plus des interprètes de l'information, des détecteurs de signaux faibles, des éclaireurs de décisions.

Deux chemins s'offrent aujourd'hui à nos cabinets.

  • Le premier consiste à poursuivre une course permanente à la productivité : produire davantage, plus vite et moins cher. Cette voie risque toutefois d'accentuer la pression sur les honoraires et de banaliser progressivement nos services.
  • Le second consiste à utiliser cette productivité nouvelle pour renforcer notre proximité avec les dirigeantes et dirigeants d'entreprise. Pour devenir davantage des partenaires de réflexion, des accompagnateurs du changement et des copilotes du développement de leurs activités. C'est probablement là que se dessine l'avenir des cabinets à taille humaine. Celui du « médecin de famille économique » qui connaît ses clients, comprend leur histoire, détecte leurs fragilités, éclaire leurs choix et les aide à traverser les turbulences.

La vraie question n'est donc plus :« Combien de dossiers pouvons-nous traiter ? »

  • La vraie question devient : « Quelle décision aidons-nous nos clients à prendre avec davantage de clairvoyance, de sécurité et d'anticipation ? »

Consœurs, confrères, mes chers amis.e. s, nous ne vivons pas la fin d'un métier.

  • Nous assistons à sa renaissance. Les technologies changeront. Les outils évolueront. Les automatismes se multiplieront. Mais les dirigeants d'entreprise continueront à avoir besoin d'écoute, de discernement, de confiance et de regards capables de donner du sens aux chiffres.
  • À nous de démontrer que dans un monde où l'information devient abondante, la compréhension, l'expérience et l'accompagnement humain deviennent plus précieux que jamais.
  • À nous, aussi, de faire en sorte que cette nouvelle profession ne nous soit pas imposée, mais que nous ayons l’audace, ensemble, ITAA et Associations, de la construire.

Guy K

Sources

- La Libre Echo du vendredi 5 juin 2026 "L'ombre de l'IA agentique sur les emplois les plus qualifiés", Entretien Jean-Francois Lovens

- La Libre Belgique du vendredi 5 juin 2026" ces tâches que BPP Paribas Fortis va confier à l'IA", kiosque, AVC


Mots clés