
Chez les employeurs belges, la perception de l’IA dans les candidatures dépend surtout de la personne à qui l'on pose la question. Les managers et chefs d'entreprise expriment nettement plus de difficultés face à ce phénomène que les spécialistes RH, souvent avec un écart de vingt points de pourcentage ou plus. La différence est particulièrement frappante en ce qui concerne la charge de travail : 40,4 % des managers et chefs d'entreprise estiment que l'IA rend leur processus de sélection plus chronophage, contre seulement 19,3 % des spécialistes RH.
C'est ce que révèle une étude menée par le prestataire de services RH Partena Professional, en collaboration avec l'expert du marché du travail Stijn Baert et le bureau d'études de marché iVOX. L'étude fait suite à de précédents constats montrant que près de la moitié des employeurs ont davantage de difficultés à évaluer l'authenticité des candidats en raison du recours à l'IA. Cette préoccupation n'est cependant pas ressentie de la même façon par tous au sein de l'entreprise.
« Selon moi, ces résultats rappellent ce que nous avions constaté lors de la crise du coronavirus au sujet du télétravail avec UGent@Work. Les responsables RH étaient alors beaucoup moins opposés à une forte augmentation du télétravail, tandis que les chefs d'entreprise, en particulier dans les petites structures, étaient beaucoup plus hésitants. Il est possible qu’il en soit de même ici : si vous voulez travailler pour moi, je veux tout de même pouvoir constater que vous vous investissez réellement, plutôt que de vous cacher derrière la technologie », déclare Stijn Baert.
Pour les managers et les chefs d'entreprise, l'IA semble avant tout être une source d'incertitude supplémentaire. Ils sont plus nombreux à considérer qu'elle complique l'évaluation de l'authenticité, de la motivation et de la pertinence des candidats. Ils craignent également la charge de travail supplémentaire que peut entraîner l'utilisation de l’IA lors de la sélection. Les spécialistes RH dressent un tableau plus nuancé : s'ils reconnaissent l’impact de l’IA, ils en évaluent les conséquences de manière moins négative.
Le contraste ne se limite pas à la manière dont managers et spécialistes RH perçoivent l'IA. Il révèle aussi une vision nettement différente de l’utilisation qu’en fait leur propre organisation.
Lorsqu'on leur demande si l'organisation adapte ses techniques de sélection pour tenir compte de l'utilisation de l'IA par les candidats, 55,5 % des chefs d'entreprise et 52,5 % des managers répondent oui. Chez les spécialistes RH, ils ne sont que 26,0 % à le penser, tandis que trois sur quatre répondent non. Dans une même organisation, les deux groupes ont donc une perception fondamentalement différente.
« Cette différence de perception considérable reflète probablement une réalité bien différente sur le terrain », explique Oliver Poot, General Manager HR Technology chez Partena Professional. « Les dirigeants pensent que l'organisation adapte ses techniques de sélection, tandis que les spécialistes RH ne constatent pas réellement de changement dans la pratique. Cela montre que la seule introduction d'un outil ou d'une procédure ne se traduit pas toujours par des modifications dans le quotidien. Les managers et les chefs d'entreprise présupposent un gain d'efficacité qui, sur le terrain, fait peut-être défaut. »
La divergence entre dirigeants et spécialistes RH n'est pas anodine. Elle touche directement à la manière dont les entreprises conçoivent leur processus de sélection et à la place qu'elles accordent à l'IA.
« Les personnes qui effectuent le recrutement au quotidien portent un regard nettement plus nuancé sur l'impact de l'IA que celles et ceux qui l'observent depuis une position dirigeante », déclare Oliver Poot. « Le point de vue des spécialistes RH mérite d'être intégré à la réflexion stratégique, au même titre que les préoccupations de la ligne managériale. Une entreprise qui définit sa politique en matière d'IA sur la seule base de la vision de sa direction risque de passer à côté de la réalité opérationnelle de ses équipes de recrutement. »
Partena Professional a élaboré, avec le soutien de l’expert du marché du travail Stijn Baert, un questionnaire consacré à l’IA dans les RH et le recrutement. Celui-ci a été soumis, entre le 27 janvier et le 10 février 2026, à un échantillon aléatoire de 250 employeurs par l’intermédiaire du bureau d’études iVOX. La représentativité linguistique de l’échantillon a été activement vérifiée. La marge d’erreur maximale s’élève à 6,16 %.