
Au milieu du XVe siècle, Gutenberg met au point en Europe l’imprimerie à caractères mobiles. On peut composer une page, l’imprimer, puis réutiliser les caractères pour la suivante. Ce procédé paraît matériel, presque modeste. Pourtant, il change la vitesse à laquelle les idées circulent.
Un texte peut désormais atteindre des lecteurs que son auteur ne rencontrera jamais. Quelques décennies plus tard, l’imprimerie contribue à diffuser les écrits de Luther et, avec eux, la Réforme protestante. Elle ne crée pas à elle seule ce mouvement, mais elle lui donne une portée qu’il n’aurait pas eue autrement. Une invention technique vient de déplacer une autorité religieuse et politique.
Je me demande si nous ne vivons pas un déplacement du même ordre. L’intelligence artificielle ne se contente pas d’accélérer la circulation des textes. Elle en écrit. Elle répond, explique, traduit, rapproche des connaissances. Chacun peut lui poser une question et recevoir en quelques secondes une réponse qui aurait autrefois exigé des heures de recherche.
C’est une possibilité extraordinaire. Mais que devient notre jugement lorsque la réponse arrive avant même que nous ayons pris le temps de formuler notre pensée
Et que devient le travail de ceux dont le métier consistait précisément à chercher, écrire, expliquer ou transmettre ?
Gutenberg a rendu les livres plus accessibles. Il n’a pas décidé de ce que les lecteurs en feraient. Nous sommes devant une responsabilité semblable avec l’IA, à une échelle et à une vitesse bien plus grandes. Il nous appartient de décider comment l’enseigner, comment en partager les gains et quelle place nous voulons encore donner à l’effort de comprendre.
Attention : texte écrit par moi mais image générée par l’IA