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Quand les grèves ne servent à rien!

Cette semaine a enfin commencé par un accord sur le budget pour les années à venir. Les syndicats s'en sont peu souciés et ont poursuivi leur grève de trois jours annoncée. Cependant, la question demeure de savoir ce que les syndicats souhaitent finalement accomplir par là, et surtout comment ils comptent relever les défis auxquels notre État-providence est confronté.

Les réponses à cela restent malheureusement prévisibles, et surtout irréalistes.

Champion des grèves

Avec ces nouvelles grèves, 2025 est en passe de devenir l'année record absolue en matière de grèves en Belgique. Et il semble que nous devenions le champion des grèves en Europe. Cela reste bizarre pour un pays figurant parmi ceux ayant les dépenses publiques les plus élevées d'Europe, un système exceptionnel d'indexation automatique des salaires, l'un des âges effectifs de la pension les plus bas, des semaines de travail relativement courtes, des coûts salariaux élevés, une flexibilité relativement limitée, l'un des États-providence les plus redistributifs parmi les pays industrialisés, une inégalité relativement faible…

Les syndicats font grève contre les réformes des pensions, des allocations de chômage et du marché du travail, ignorant allègrement que toutes ces réformes sont la chose la plus normale du monde depuis bien plus longtemps dans les pays au nord de nous. De plus, ils semblent ‘oublier’ que ce genre de réformes est nécessaire pour maîtriser un tant soit peu notre déficit budgétaire insoutenable et, de cette manière, préserver l'avenir de notre État-providence.

En prélude à la grève, les syndicats ont bien présenté leurs propositions, leur ‘alternative’, pour remettre le budget sur les rails, mais pour cela, ils ne visent que des recettes fiscales supplémentaires. La FGTB vise 20 milliards d'euros supplémentaires de recettes fiscales. Avec cela, nous nous retrouverions facilement en tête du classement fiscal européen. Les syndicats semblent facilement partir du principe que ce genre de taxes supplémentaires est réalisable sans impact négatif notable sur notre économie. Cela risquerait de fortement décevoir. Il n'y a pas de prix à gagner pour la pression fiscale la plus lourde d'Europe.

Ce n'est que le début des efforts

Les actions syndicales se heurtent à un gouvernement qui est enfin parvenu (avec environ un mois et demi de retard) à un accord sur les efforts budgétaires pour les années à venir. Cet accord s'est concrétisé avec la plus grande difficulté, et a été qualifié par certains comme l'exercice d'assainissement le plus lourd depuis des décennies. Cela n'enlève rien au fait que ce n'est guère plus qu'un premier pas dans la bonne direction. Même avec cet effort, le déficit budgétaire total de l'ensemble de nos administrations publiques atteindra près de 5% du PIB d'ici la fin de cette législature. Cela reste bien trop élevé (et est d'ailleurs supérieur au déficit au début de la législature). Des efforts supplémentaires au moins aussi importants seront encore nécessaires dans les années à venir.

La meilleure façon de réaliser ces efforts est de passer par des réformes structurelles pour obtenir plus de personnes à l'emploi et surtout pour augmenter significativement la productivité. Ce dernier point a, jusqu'à présent, bénéficié de trop peu d'attention. Pour y parvenir réellement, une stratégie de productivité coordonnée aux différents niveaux de pouvoir est nécessaire. Les discussions budgétaires étant maintenant enfin (temporairement) derrière nous, on peut espérer que des efforts concrets pourront être déployés à cet égard (même s'il y a un risque réel que cette ronde budgétaire ait coûté tant de capital politique aux partis impliqués qu'il ne reste plus grand-chose de possible dans ce domaine).

Statu quo intenable ou vers un État-providence renforcé ?

Les syndicats doivent progressivement choisir s'ils veulent s'accrocher à un statu quo intenable, où nous tentons d'organiser un État-providence d'un niveau similaire à celui de la Suède avec proportionnellement 700 000 travailleurs en moins, et compenser la pression continue qui en résulte sur nos finances publiques par des impôts en constante augmentation. Ce n'est pas un modèle durable. L'alternative réside dans des mesures visant à maintenir plus de personnes au travail plus longtemps et surtout à parvenir à une croissance économique accrue via une plus forte croissance de la productivité. Cette croissance supplémentaire pourra alors être utilisée pour renforcer fondamentalement notre État-providence. Si les syndicats continuent de s'efforcer de bloquer surtout ce type de mesures, ils hypothèquent l'avenir de notre État-providence. Ils feraient mieux de collaborer pleinement à une stratégie sérieuse pour plus de croissance, car cela signifie aussi plus de prospérité pour tous.

Il reste à voir quel choix ils feront (mais les signaux émis à l'occasion de la grève ne sont déjà pas très encourageants à cet égard).

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