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Quelles études choisir en septembre 2026 ?

Ayant consacré un tiers de siècle à l'enseignement supérieur et universitaire, je suis souvent interrogé par de jeunes étudiants, mais aussi par leurs parents, sur le choix des études à entreprendre. La question est légitime. Elle est même devenue vertigineuse. Car comment choisir aujourd'hui une formation qui prépare à un métier dont personne ne sait exactement ce qu'il sera devenu dans dix ans ?​

Nous sommes à l'orée de la troisième révolution industrielle, celle de l'intelligence artificielle. Elle sera probablement la plus rapide, la plus profonde et la plus universelle de toutes celles que l'humanité a connues. Elle ne se contentera pas d'automatiser les gestes. Elle transformera la production intellectuelle elle-même. Des pans entiers de certaines activités professionnelles vont disparaître. Mais je crois que, plus nombreux encore, seront les métiers transformés, augmentés, enrichis et parfois entièrement recomposés.

Ce que l'on aime

Certains imaginent déjà une société dans laquelle des robots produiraient gratuitement tous les biens et services nécessaires, tandis que les intelligences artificielles réaliseraient l'essentiel du travail intellectuel. Dans un tel monde, le travail perdrait sa fonction économique et, avec elle, une partie de sa fonction sociale. Je ne crois pas à cette vision. Elle me semble à la fois improbable et funeste, car le travail n'est pas seulement un facteur de production. Il est aussi une relation aux autres, un apprentissage de soi, un principe d'insertion dans la société et, souvent, une manière de donner un sens à son existence.

Alors, que faut-il étudier en septembre 2026 ?

Ma réponse est d'abord simple : ce que l'on aime. Il faut choisir par goût, par inclination et, autant que possible, par passion. Il n'existe rien de plus triste qu'une existence professionnelle construite autour d'un choix d'études uniquement motivé par un calcul de débouchés qui sera peut-être déjà obsolète au moment de l'obtention du diplôme. Mais cela ne suffit plus. Il faut aussi choisir des études exigeantes. Des études qui apprennent à penser avant d'apprendre à produire. Des études qui structurent la pensée sans la normer. Des études qui imposent l'effort, le doute, la confrontation des idées et la discipline intellectuelle.


Dans un monde où des algorithmes sélectionneront une part croissante de ce que nous lisons, regardons et entendons, nous devrons protéger notre liberté intellectuelle et refuser d'enfermer notre pensée dans des bulles répétitives.


Car le plus grand risque de l'intelligence artificielle n'est peut-être pas la disparition du travail. C'est la paresse. La paresse de ne plus chercher parce qu'une réponse apparaît immédiatement. La paresse de ne plus vérifier parce que la formulation semble convaincante. La paresse de ne plus apprendre parce que la connaissance paraît désormais toujours disponible. Or la disponibilité de la connaissance ne remplace jamais son appropriation. Posséder une bibliothèque n'a jamais rendu savant. Disposer de toute la connaissance humaine dans sa poche ne garantit ni le jugement, ni le discernement, ni l'intelligence.

Il serait également absurde d'opposer les sciences humaines aux sciences exactes. Nous aurons besoin des deux, plus que jamais. La culture générale devient donc essentielle. Non pas une accumulation décorative de références, mais une architecture mentale. Une culture générale vivante, qui constitue une carte mentale (et donc inaboutie), à la fois spatiale et temporelle, permettant d'arrimer chaque nouvelle information à un contexte, car nous sommes submergés d'informations, mais l'information sans structure devient du bruit.

Apprendre à apprendre

C'est cela, au fond, l'apprentissage humaniste : apprendre à apprendre. Non pas accumuler des réponses définitives, mais acquérir les instruments permettant de poser de meilleures questions. Développer cette chose irremplaçable qu'est une intuition éduquée. Savoir reconnaître ce que l'on ignore. Comprendre qu'un problème peut être observé sous plusieurs angles. Accepter le doute sans tomber dans le relativisme.

Mais, plus encore que le choix des études, une transformation fondamentale s'impose : nous devrons tous continuer à nous former après elles. Le temps où un diplôme obtenu à vingt-deux ou vingt-cinq ans pouvait constituer un viatique professionnel pour quarante années est terminé. Il faudra apprendre chaque jour. Lire. Comparer. Se confronter à des disciplines étrangères à son métier. Rencontrer des personnes qui pensent autrement. Modifier ses certitudes. Réviser ses connaissances.

Il faudra surtout préserver son intégrité cognitive. Cette exigence me paraît essentielle. Dans un monde où des algorithmes sélectionneront une part croissante de ce que nous lisons, regardons et entendons, nous devrons protéger notre liberté intellectuelle et refuser d'enfermer notre pensée dans des bulles répétitives. Car, paradoxalement, plus les machines deviendront intelligentes, plus l'être humain devra cultiver ce qui le rend profondément humain : l'imagination, le jugement moral, l'empathie, le courage, l'intuition, la créativité et la conscience de la complexité.


Avec confiance

Il faut enfin regarder cette révolution avec confiance. Nous avons une chance inouïe. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une part immense de la connaissance accumulée au cours des siècles devient accessible, presque instantanément et presque gratuitement, à une grande partie de la population mondiale. C'est, d'une certaine manière, l'aboutissement du projet des Lumières : rendre la connaissance accessible, donner à chacun les instruments de son émancipation intellectuelle et élargir le cercle de la raison.


Alors, pour conclure, quelles études choisir en septembre 2026 ? Celles qui donnent envie d'apprendre. Celles qui exigent de travailler. Celles qui ouvrent l'esprit plutôt qu'elles ne l'enferment. Celles qui enseignent une méthode plutôt qu'une certitude. Et surtout, celles qui font comprendre qu'un diplôme n'est pas la fin des études. Il en est désormais le commencement.


Une opinion de Bruno Colmant, membre de l'Académie Royale de Belgique, publiée dans la Libre.



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