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Tax the rich ? Évidemment, mais alors (très) intelligemment

Taxer davantage les hauts revenus n’a rien d’une idée révolutionnaire. C’est inscrit dans notre architecture fiscale depuis la grande réforme de 1962. L’ambition était alors de globaliser les revenus, quelle qu’en soit l’origine, professionnelle, mobilière ou immobilière, puis de leur appliquer un barème progressif. La logique était claire : plus le revenu augmente, plus la capacité d’épargner s’accroît, et plus la contribution à l’impôt peut être élevée.

Pourquoi avait-on choisi de rapprocher ainsi la taxation du travail et celle des revenus du patrimoine ? Parce qu’un nouveau contrat social venait d’être construit. La sécurité sociale, née sous la Régence de Charles, devait être financée, tandis que le capital avait été fragilisé par deux conflits mondiaux, les destructions, l’inflation et l’assainissement monétaire de l’opération Gutt en 1944. Il fallait reconstruire le pays et partager l’effort. C’était cohérent.

Puis l’équilibre s’est défait. Les patrimoines financiers ont progressé, portés par la mondialisation, la financiarisation et les révolutions technologiques. Dans le même temps, la fiscalité du travail est devenue excessivement lourde et la véritable progressivité de l’impôt s’est affaiblie. Le problème belge n’est pas seulement le taux marginal de 50 %. C’est surtout qu’il est atteint beaucoup trop rapidement. L’impôt prétend être progressif, mais il devient presque proportionnel sur une large partie des revenus moyens et supérieurs.​

​Alors, tax the rich ? Oui. Mais intelligemment.

Il faut d’abord retrouver une cohérence d’ensemble. Cela peut passer par une reglobalisation de certains revenus, par la taxation des loyers réels, nets des charges effectivement supportées, et surtout par une vraie progressivité de l’impôt sur les personnes physiques. Taxer davantage les revenus très élevés suppose aussi de desserrer la pression sur les revenus intermédiaires. Une fiscalité juste ne consiste pas seulement à augmenter des taux. Elle doit mieux répartir l’effort.

On peut aussi taxer le patrimoine accumulé, mais avec discernement. Un impôt annuel sur le patrimoine doit tenir compte des revenus qu’il génère, faute de quoi il peut devenir confiscatoire pour des actifs peu liquides. C’est l’une des critiques adressées à la taxe Verougstraete. Quant aux plus-values, leur taxation est engagée. Il serait naïf de croire que le taux restera éternellement figé : l’histoire fiscale montre que les taux ont tendance à converger lorsque des catégories de revenus sont progressivement rapprochées. Elle atteindra donc 30 %.

Mais l’essentiel est ailleurs. Un impôt, seul, est stérile. Une taxe isolée ne crée ni confiance, ni croissance, ni adhésion. En revanche, une réforme fiscale inscrite dans un projet de société, présenté avant les élections et démocratiquement approuvé, peut devenir l’expression d’un choix collectif.

À gauche comme à droite, nous sommes encore loin de cette ambition.​

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