
Chères consœurs, chers confrères,
« Désolé, patron.ne mon conjoint travaille dans le bâtiment et ne peut prendre ses congés qu'en juillet. Nos enfants partent au camp scout début août. Je sais que juillet est notre période la plus chargée, avec la TVA et les déclarations fiscales. Mais ne vous inquiétez pas : je pourrai gérer mes dossiers… en tracances. »
Il y a fort à parier que beaucoup d'entre nous se reconnaîtront dans cette situation.
Dans nos cabinets, les contraintes de nos collaboratrices et collaborateurs ne coïncident pas toujours avec celles de notre profession. Entre les impératifs familiaux, les vacances scolaires et notre calendrier fiscal, trouver le bon équilibre relève parfois de la haute voltige.
Les « tracances », cette combinaison de travail et de vacances rendue possible par le télétravail, peuvent alors apparaître comme une solution séduisante. Elles offrent davantage de souplesse, permettent parfois d'éviter un refus difficile et témoignent d'une relation de confiance. Dans certaines circonstances, elles constituent même une réponse équilibrée à une situation particulière.
Mais gardons-nous d'en faire une nouvelle norme.
Car des vacances ponctuées de courriels, de dossiers urgents ou d'appels de dernière minute ne sont plus tout à fait des vacances. Un esprit qui reste en permanence à moitié connecté récupère rarement pleinement. La fatigue s'installe alors en silence. Plus discrète. Plus profonde aussi.
Notre responsabilité de dirigeant.e.s est donc délicate. Nous devons entendre les besoins légitimes de nos collaboratrices et collaborateurs, sans oublier que leur véritable repos est aussi une condition essentielle pour préserver durablement leur énergie, leur motivation… et la qualité du travail que nous accomplissons ensemble.
Ajoutons à cela une réalité que nous connaissons bien : les incidents informatiques du SPF Finances, les reports imprévus ou les difficultés techniques qui viennent parfois bouleverser les meilleures organisations. Dans ces moments-là, la tentation est grande de solliciter celles et ceux qui étaient pourtant censés être en congé.
Sans doute la meilleure voie est-elle celle du dialogue. Des accords clairs. Des exceptions… qui restent des exceptions. Et surtout, une conviction : la confiance ne consiste pas à être joignable partout et tout le temps, mais à construire ensemble une organisation où performance, respect des personnes et qualité de vie avancent durablement main dans la main.
Pour prolonger cette réflexion, nous joignons à cette chronique un projet de "Vade-mecum : Les "tracances" adaptées aux cabinets d'expertise comptable". Nous espérons que chacune et chacun pourra y puiser les idées qui lui sembleront utiles et trouver le juste équilibre entre la flexibilité que les temps nouveaux rendent possible… et le droit, tout aussi essentiel, à une véritable déconnexion.
Guy K