
Nous détruisons les conditions de notre survie. Les inondations succéderont aux incendies sur une Terre devenue une fournaise inondée. Cette violence climatique attisera la violence sociale et la rage se retournera contre les États incapables de protéger leur propre population contre elle-même.
La dette publique et le vieillissement réduiront leur capacité à financer les pensions, les soins et la protection sociale. Un État qui promet sans protéger nourrit la colère qu’il prétend contenir.
Les pouvoirs se verticaliseront. L’Europe, deux fois dévastée en un siècle, pourrait l’oublier. Dépendante de son énergie, de ses technologies et de ses données, elle risque de devenir le terrain d'affrontements entre les puissances. Guerres, migrations et replis identitaires en sont les premiers symptômes. L’élection présidentielle américaine de 2028 pourrait constituer un foyer mondial de manipulation et de contestation démocratique.
S’y ajoutera l’exaspération de ceux qui ont moins ou rien, et de ceux qui n’ont plus le temps de vivre parce que chaque journée est consacrée à survivre. La précarité ne leur offrira aucun espoir d’une vie meilleure, tandis que d’autres s’offriront quelques minutes de tourisme spatial. Quand l’avenir paraît condamné et que la richesse extrême s’exhibe, le ressentiment cesse d’être une humeur. Il devient une force politique.
Les réseaux sociaux transformeront cette colère en matière inflammable, propice aux plus grandes manipulations de masse. Chaque peur sera amplifiée, chaque mensonge personnalisé, chaque frustration désignée. La vérité n’aura plus le temps de se défendre.
Et puis viendra le véritable choc de l’intelligence artificielle.
Il sera économique, puisqu’il bouleversera l’emploi, les revenus et leur répartition. Mais il sera surtout anthropologique. Pour la première fois, l’être humain déléguera aux machines non seulement ses tâches, mais aussi son jugement. L’intelligence artificielle est un piège sociétal dont nous refusons l’évidence. Nous la réduisons à un progrès technique alors qu’elle transformera notre rapport au travail, au savoir, à l’autorité, à la vérité et à nous-mêmes.
Concentrée entre quelques mains, elle permettra de surveiller, convaincre, sélectionner, exclure et manipuler. Nous croyons encore l’utiliser. Il se pourrait bientôt que ce soit elle qui organise le monde dans lequel nous vivrons.
Que faire face à ces typhons sociétaux ?
Devenir disciples de la paix, de la sagesse et de l’intelligence. Retrouver le sens de la mesure, de la solidarité et du temps long. Refuser le vertige technologique et les pouvoirs sans limites.
Nous avançons à reculons vers notre avenir.
Et nous serons sidérés.
(Image inspirée de Burn de Deep Purple, 1974)