
Que des mesures gouvernementales touchent davantage certains, par exemple les francophones ou les femmes, ne suffit pas pour les disqualifier.
Faut-il, en Belgique francophone, critiquer la limitation dans le temps de l’indemnisation du chômage dans la mesure où cette mesure se fera davantage sentir en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre ? Pour les partis de l’opposition, la réponse est affirmative, mais cela ne paraît pas être le bon angle d’attaque, à la fois car cela dessert les autres arguments critiques potentiels envers la mesure et car cela alimente un ressentiment communautaire douteux.
Bien sûr que le nationalisme existe en Flandre et qu’une vigilance s’impose. Le choix des routes aériennes de Zaventem l’impose à celles et ceux qui, de ce fait irrationnel, dorment mal. Bien sûr que les intérêts financiers et budgétaires des entités fédérées belges ne sont pas parfaitement alignés, et qu’à tout prendre, « ceteris paribus », on préférera toujours les mesures qui font davantage contribuer les autres. Toutefois, prenons garde à ne pas tout ramener à un arbitrage d’intérêts contradictoires entre Flamands et francophones, point Godwin du débat politique belge. L’indemnisation du chômage en Belgique est une exception parmi les pays européens, et une exception qu’on n’entend pas être enviée à l’étranger, et la faiblesse de notre taux d’emploi est pointée du doigt, alors qu’en termes de lutte contre la pauvreté et les inégalités, nous ne sommes pas en mesure de donner des leçons de solidarité. La conjonction de ces éléments ne suffit-elle pas pour justifier de réformer le système et pour accepter d’expérimenter la réforme proposée, à charge de veiller à la robustesse des filets de protection pour les plus faibles et moyennant une évaluation à moyen terme ? Souhaiter, au vu du bilan socio-économique, une indemnisation du chômage moins atypique en Belgique n’est pas à confondre avec un agenda communautaire, voire séparatiste. Pire, c’est prétendre que la motivation de la réforme est d’ordre communautaire qui est d’essence séparatiste.
Autre critique entendue de l’action gouvernementale, elle pénaliserait les femmes plus que les hommes. Faut-il se préoccuper les inégalités de genre ? Oui, bien sûr. Faut-il être vigilant face à un gouvernement macho qui, prenant la pose, invisibilise les femmes ? Oui, encore. Toutefois, le procès en sexisme de certaines mesures sociales et fiscales doit être recadré.
Le gouvernement Arizona a décidé de réduire de moitié d’ici 2029 le quotient conjugal pour les non-retraités. Pour mémoire, le quotient conjugal est un mécanisme qui permet au couple dont un des conjoints ne travaille pas ou n’a que des revenus limités d’être moins taxé. Le « truc » est d’attribuer fictivement 30% du revenu de celui qui travaille à l’autre, avec un maximum de EUR 13.460 de revenus, d’où une économie de l’ordre de EUR 2600 par an. Les choses étant ce qu’elles sont, ce sont les femmes qui sont, le plus souvent, le conjoint qui ne travaille pas, mais est-ce que le féminisme gagne à avoir un mécanisme qui, de facto, dissuade des femmes d’avoir un travail rémunéré ? Autre dispositif critiqué comme anti-femme, la réduction de 80% à 50% de la déductibilité des rentes alimentaires. Certains y verront une baisse du montant des rentes et donc du pouvoir d’achat du crédirentier, le plus souvent une femme, mais ne peut-on pas y voir une étape vers une moindre inégalité fiscale entre parents selon la structure familiale ?
Davantage tenir compte du temps de travail dans le calcul du chômage et de la retraite coûtera plus aux femmes, entend-t-on, mais n’est-ce pas féministe de combattre une incitation financière perverse qui dissuade la pleine activité professionnelle des femmes ? Faut-il souhaiter la perpétuation d’un modèle où la femme a une carrière professionnelle faite de moins d’années de travail et de moins d’heures prestées par semaine ?
Une décision se juge sur ses effets, mais attention à quels effets sont mis en exergue. Dans l’action comme dans la critique, il s’agit d’avoir les bons critères d’évaluation dans la durée et de s’y tenir, sans chercher à faire flèche médiatique de tout bois.