
La monnaie est-elle encore neutre ? Jusqu’où un système monétaire déconnecté du réel peut-il aller avant de menacer l’équilibre de nos sociétés ?
La monnaie n’est pas seulement un moyen de payer. Elle organise aussi notre rapport au temps. Elle pèse sur les promesses, les dettes et, au fond, sur la manière dont une société se projette dans l’avenir.
C’est le point de départ de cet ouvrage. Il propose un itinéraire progressif pour rendre le sujet plus lisible, sans en réduire la complexité. Le lecteur est d’abord ramené aux bases, avec une question directrice simple : que fait réellement la monnaie, au-delà des transactions du quotidien ? L’ambition est aussi didactique. Le livre s’appuie sur un glossaire et une bibliographie pour donner des repères clairs et permettre d’aller plus loin.
Le livre remonte aux racines de la monnaie. Il montre comment elle s’est construite entre pratiques sociales, empreintes religieuses et culturelles, et affirmation du pouvoir politique. Le « sceau de l’État » y occupe une place centrale, tout comme la lecture chartaliste. L’auteur insiste aussi sur la double nature de la monnaie : lien de confiance d’un côté, instrument de souveraineté de l’autre. Ce premier ensemble conduit à une interrogation structurante : que devient la monnaie lorsque s’installe l’idée d’une « immortalité », comme si elle pouvait croître sans fin par le seul jeu des intérêts ?
L’ouvrage élargit ensuite le cadre aux rapports de force internationaux. Il revient sur les grands systèmes monétaires. Il décrit la domination du dollar et les enjeux que cela pose pour la stabilité mondiale. Il aborde aussi les dynamiques de dédollarisation. L’euro est ensuite traité comme un cas spécifique, marqué par des tensions internes et un « choc des cultures monétaires ».
Vient alors une question très concrète. Qui tient réellement la « planche à billets » ? Et selon quelles règles ? En revisitant des débats structurants, dont le Plan de Chicago, le livre met en lumière la relation entre l’État, les banques et les doctrines économiques. Il évoque l’activisme monétaire, la monnaie comme levier de l’histoire, mais aussi l’approche quantitative et sa recherche de discipline. Il examine enfin le coût de l’instabilité, lorsqu’elle fragilise le temps long et le lien social.
Le diagnostic rejoint ensuite les transformations en cours. Le livre décrit l’invasion numérique, avec le déferlement des cryptomonnaies et des monnaies numériques privées. Il explique la quête de stabilité qui traverse ces projets. Il présente aussi la réponse des États, autour d’un point devenu central : la programmabilité de la monnaie, c’est-à-dire la possibilité d’encoder des règles, des conditions et des contrôles. La question n’est plus seulement technique. Elle devient aussi politique, car elle touche aux libertés publiques et aux modalités de contrôle.
L’ouvrage relie enfin monnaie, écologie et démographie. Il pose l’enjeu de la compatibilité entre économie, nature et temps. Il explore des pistes telles que la modulation de la valeur de la monnaie et une reformulation de ce que la monnaie mesure et organise, jusqu’à l’image d’une « eucharistie inversée ». Il traite également des évolutions démographiques. Il aborde l’érosion de la confiance et les fractures sociétales, qui pèsent sur la stabilité des sociétés.
La dernière partie ouvre des perspectives. Elle interroge la souveraineté monétaire de demain. Elle pose aussi la question de la privatisation de certaines monnaies. Le livre appelle à repolitiser la monnaie, souvent présentée comme un sujet purement technique, et à clarifier le rôle de l’État. Dans un contexte de numérisation, il insiste sur un autre enjeu : gouverner le code pour protéger les libertés. Des scénarios à l’horizon 2036 viennent prolonger la réflexion.
Ce livre n’est pas un cours d’économie. C’est un appel à la lucidité. Face au vertige écologique et au désordre mondial, il met en discussion une alternative : réinventer une « monnaie mortelle », pensée pour un monde fini, ou laisser l’illusion comptable guider les choix collectifs. La conclusion reprend cette idée comme un ultimatum : il faut réhumaniser la finance.