
Absolument pas, et c'est justement là le plus grand malentendu. Ce qui a changé, c'est le montant maximal de la contribution patronale exonérée dans le chèque-repas, et non la valeur obligatoire. Auparavant, la contribution patronale exonérée pouvait s'élever à 6,91 € maximum par chèque ; le salarié devait y ajouter au moins 1,09 €. À partir du 1er janvier 2026, ce plafond patronal sera porté à 8,91 € par chèque-repas, ce qui signifie que la valeur d'un chèque-repas pourra en théorie atteindre 10 €. La part travailleur dans le chèque-repas reste quant à elle inchangée à (au moins) 1,09 €.
Les salariés ne peuvent donc pas s’attendre à ce que la valeur de leurs chèques-repas augmente, à moins que le secteur ou l’employeur lui-même ne décide expressément d’augmenter cette valeur et ne le consigne dans une convention collective ou un accord individuel. Le législateur ouvre une porte, mais personne n’est poussé à la franchir.
Jusqu'au 31/12/2025 | À partir du 1/1/2026 | |
Contribution patronale maximale exonérée | €6,91 | €8,91 |
Contribution minimale du travailleur | €1,09 | €1,09 |
Valeur nominale maximale du chèque-repas | €8,00 | €10,00 |
Déductibilité fiscale | 2, 00 € - quel que soit le montant du chèque | 2, 00 € - quel que soit le montant du chèque 4,00 € - si la contribution de l'employeur est de 8,91 |
C'est là le point clé de cette réforme sur le plan juridique. Le législateur a pris conscience qu'une norme salariale de zéro pour cent et une augmentation du chèque-repas semblaient, à première vue, incompatibles. C'est pourquoi une exception explicite a été ajoutée à l'article 10 de la loi sur la norme salariale : une augmentation de la contribution patronale au chèque-repas d'un montant maximal de 2 €, pour autant que cette contribution ne dépasse pas 8,91 €, fixée par convention collective ou accord individuel, n'est pas prise en compte dans la norme salariale.
Cette exception s'applique aux augmentations de la valeur du chèque-repas accordées entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2026.
Les mots clés ici sont « 2 € maximum » et « l'augmentation doit être accordée entre le 1er janvier et le 31 décembre 2026 ». En dehors de ces paramètres, cela relève des règles générales en matière de norme salariale et l’employeur risque une amende de 250 à 5 000 €, multipliée par le nombre de travailleurs concernés, jusqu'à un maximum de 100 travailleurs.
« C'est sans doute le point le plus controversé à l'heure actuelle », déclare Arian Roelens. « Un nombre limité de secteurs prévoient en 2026 une augmentation de la contribution patronale dans le chèque-repas de plus de 2 € ».
En appliquant aveuglément l’augmentation de la contribution patronale dans le chèque-repas prévue au niveau sectoriel, l’employeur risque de dépasser la norme salariale. Celle-ci doit en effet être fixée au niveau de l’entreprise. La marge de manœuvre varie donc d’une entreprise à l’autre. Le non-respect de la norme salariale peut, en théorie, être sanctionné par une amende de 250 à 5 000 € par travailleur.
Personne ne le sait avec certitude. L'accord de gouvernement 2025-2029 prévoit une augmentation de deux fois 2 € au cours de la législature actuelle. La première tranche, soit l'augmentation de la cotisation patronale exonérée de 6,91 € à 8,91 €, entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2026. La deuxième tranche porterait une contribution patronale exonérée à 10,91 €, ce qui ferait en théorie passer la valeur d'un chèque-repas à 12 €.
Mais il n'existe actuellement aucun cadre légal consacré à cette deuxième augmentation. L'exception prévue dans la loi sur la norme salariale ne s'applique expressément que jusqu'au 31 décembre 2026. La date de mise en œuvre de la deuxième tranche, et la question de savoir si elle s'accompagnera à nouveau d'une exception à la norme salariale, relèvent d'une décision politique qui reste à prendre. On peut envisager 2027 ou 2028, en fonction de la marge budgétaire.
« Les employeurs qui s'engagent d'ores et déjà contractuellement à augmenter encore le montant du chèque-repas après 2026 risquent un problème juridique. Cette promesse politique existe sur le papier, mais la base légale n'est pas encore en place », précise Arian Roelens.
Les chèques-repas sont, pour autant que les conditions soient remplies, entièrement exonérés de cotisations ONSS et de précompte professionnel. Plusieurs secteurs ont prévu, dans leur convention sectorielle, l'octroi d'un avantage équivalent sous certaines conditions :
Jusqu'à fin 2025, un employeur ne pouvait déduire que 2 € par chèque-repas au titre de frais professionnels, quel que soit le montant de la contribution. Cela va changer. À partir de 2026, le montant déductible pourra passer à 4 € par chèque-repas, mais uniquement si l'employeur intervient à concurrence du montant maximal de 8,91 €.
Si l’employeur paie moins de 8,91 € par chèque il reste soumis à l'ancienne déduction fiscale de 2 €. La déductibilité plus élevée constitue donc une incitation financière à exploiter pleinement le plafond maximal. Pour une entreprise comptant une centaine de salariés travaillant cinq jours par semaine, la différence de déduction fiscale peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros sur une base annuelle.
Attention : cette déductibilité majorée ne s'applique qu'aux chèques-repas électroniques attribués à partir du 1er janvier 2026.