
La nationalisation des activités nucléaires d’Engie par l’État belge, annoncée fin avril 2026 par le gouvernement De Wever, évoque une transaction historique aux allures de pari théologique. Comme au XVIe siècle, où l’Église vendait des indulgences pour garantir le salut éternel, une pratique dénoncée par Martin Luther comme une marchandisation du paradis, la Belgique s’apprête à payer un prix substantiel pour accéder à la félicité d’une autonomie électrique décarbonée et souveraine. Le Premier ministre Bart De Wever promettait, le 30 avril, un investissement qui rapporterait.
La Belgique comptait sept réacteurs, quatre à Doel et trois à Tihange. Seuls Doel 4 et Tihange 3 fonctionnent encore, prolongés de dix ans jusqu’en 2035 via l’accord Phoenix. Les cinq autres, Doel 1-2-3 et Tihange 1-2, ont été arrêtés progressivement entre 2022 et 2025. La lettre d’intention signée avec Engie suspend tous les travaux de démantèlement et prévoit une indemnisation dégressive pour Engie, couvrant les coûts de suspension, le gel des contrats et le reclassement du personnel. L’État doit mener une revue complète d’ici au 1er octobre 2026. Il vise une reprise totale : actifs, personnel, plus de 2 000 personnes chez Engie dans le nucléaire, dont Tractebel, filiales et passifs, démantèlement et déchets.
Les coûts de réactivation des cinq réacteurs arrêtés constituent le point le plus incertain et le plus risqué. Ils se situeraient entre 4 et 7,5 milliards d’euros. Et puis il y a le démantèlement : Engie a provisionné 8,7 milliards d’euros pour le démantèlement, mais l’ONDRAF estime un déficit de 2,9 milliards, somme contestée par Engie. Dans l’accord Phoenix, l’État a repris les déchets contre 15 milliards d’euros versés par Engie. En nationalisant, l’État prend le risque et devra probablement prévoir un complément de provisions. Si l’État assume tout sans compensation, Engie devrait évidemment payer l’État. Mais Engie accepta-t-elle ? Et quel est l’impact sur le prix de l’électricité ?
Le bénéfice stratégique est néanmoins clair : moins de dépendance aux importations, aux fossiles ou à l’électricité, production décarbonée stable. Le gouvernement parle de souveraineté énergétique dans un monde géopolitiquement instable. Comme une indulgence qui ouvre les portes du ciel, la nationalisation promet une sécurité d’approvisionnement et un contrôle sur deux générations, tandis que le démantèlement et les déchets s’étalent sur des décennies, jusqu’en 2050 et au-delà.
Mais le parallèle biblique invite à la prudence : les indulgences promettaient le salut contre paiement, mais Luther y voyait une tromperie sur les véritables coûts spirituels. Ici, le paradis électrique est coûteux, incertain et comporte des risques techniques. L’État risque d’assumer tous les dépassements, potentiellement via les impôts ou les factures.
En conclusion, la population belge doit exiger la transparence. Cette décision engage deux générations : des investissements massifs aujourd’hui, la gestion des déchets et le démantèlement demain. La population belge doit connaître l’ensemble des données, des audits techniques, des estimations financières détaillées, des scénarios de prix et des risques de dépassement. Comme Luther exigeait la clarté sur le salut, les citoyens ont droit à la vérité sur cette vente d’indulgence énergétique. Le gouvernement De Wever doit démontrer rigoureusement que le prix de la nationalisation vaut le paradis d’une autonomie électrique. Sans cela, le risque est de payer cher pour une promesse incertaine.