
En 2026, l’inflation en Belgique a progressé plus rapidement que la moyenne de la zone euro. Les données publiées par Statbel et Eurostat ainsi que des analyses de marché mettent en évidence à la fois des facteurs conjoncturels (hausse des prix de l’énergie liée aux tensions internationales) et des spécificités méthodologiques et structurelles du calcul de l’indice des prix à la consommation belge.
Pour mai 2026 :
La consommation d’énergie des ménages belges est supérieure à la moyenne européenne, notamment en raison d’intensité d’usage élevée sur les trajets en voiture. Ce poids plus important de l’énergie dans le panier de consommation belge amplifie l’impact des variations des prix de l’essence, du gaz et de l’électricité sur l’indice national.
Par ailleurs, certains États membres ont atténué la hausse des prix à la pompe par des mesures budgétaires (par exemple l’Italie et l’Espagne). En Belgique, les interventions publiques sur les prix à la pompe ont été plus limitées, pour des raisons de marges budgétaires, ce qui a laissé une plus grande transmission de la hausse des prix carburant vers l’indice.
L’explication la plus déterminante est méthodologique. L’indice des prix à la consommation en Belgique est construit à partir des conditions de prix qui s’appliquent aux nouveaux contrats de fourniture d’énergie. En pratique, cela signifie que :
"L’indice des prix en Belgique est plus réactif parce qu’on fait comme si chacun renouvelait tous les mois son contrat de fourniture d’énergie." — Philippe Ledent, économiste chez ING
Conséquence : lorsque les prix du gaz et de l’électricité augmentent, l’indice belge capte quasiment intégralement cette hausse, et l’inflation mesurée apparaît plus élevée que celle observée selon la méthodologie utilisée par d’autres pays de la zone euro.
La forte réactivité de l’indice belge à l’énergie a des implications réelles :
Les différences méthodologiques ont suscité des tensions. Fin avril 2026, les débats au sein de la commission de l’indice (instance chargée de la communication mensuelle de l’inflation et composée de représentants patronaux, syndicaux, etc.) se sont envenimés. Une réforme méthodologique est prévue pour une mise en œuvre en 2027, mais le camp patronal a demandé d’avancer la réforme face à l’emballement récent de l’inflation.
À court terme, la combinaison d’un prix de l’énergie en hausse (lié aux répercussions du conflit au Moyen-Orient selon plusieurs sources) et d’une méthodologie réactive laisse la Belgique exposée à des tensions inflationnistes plus fortes que chez plusieurs voisins européens. Les autorités nationales et les partenaires sociaux devront surveiller l’impact sur l’indexation automatique et la compétitivité, ainsi que l’évolution des prix de l’énergie, pour adapter les réponses politico-économiques.
L’écart d’inflation entre la Belgique et la moyenne de la zone euro en 2026 s’explique par une combinaison de facteurs structurels (poids élevé de l’énergie dans la consommation des ménages) et méthodologiques (calcul de l’indice reposant sur les prix des nouveaux contrats d’énergie). Cette double explication magnifie l’impact des chocs énergétiques sur l’inflation mesurée en Belgique, renforce les mécanismes d’indexation automatique et pose des risques potentiels pour la compétitivité et la stabilité des prix si la dynamique se prolonge.