
Vive l’échange, qui est mutuellement bénéfique, avec notamment les avantages de voir chacun se spécialiser dans ce dans quoi il excelle, et de pouvoir tirer parti d’économies d’échelle.
Voilà ce que nous a appris David Ricardo et qui a fait des économistes des propagandistes de la globalisation. Oh, il y avait bien des critiques de cette mondialisation pas si heureuse, du fait de la pression baissière sur les salaires d’ici qui en a résulté, du coût social et environnemental de productions dans des pays peu regardant de ce côté-là, de la surconsommation liée à l’abaissement des prix, textile en tête, et de la perte d’autonomie et de robustesse de nos économies, avec des chaînes de valeur fragmentées et une concentration des lieux de production. Mais c’étaient là des critiques d’altermondialistes n’y comprenant rien à l’économie, non ?
Et puis sont venues la Covid, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la seconde victoire de Trump et la fermeture du Détroit d’Ormuz, et le franc (l’euro !) de la pensée dominante est tombé !
Bon dieu de bon sang !
Cette globalisation, si elle a bel et bien des mérites, a aussi fait le jeu du populisme et nous a fragilisés. Aujourd’hui, les yeux s’ouvrent, la globalisation est mise en question, l’absence de politique industrielle est questionnée et la robustesse devient une considération « main stream », comme en attestent Olivier Blanchard, ex-chef économiste du FMI et même Pascal Lamy, pourtant ex-patron de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
Avec la guerre menée à l’Iran, D. Trump donne une seconde fois raison aux « hétérodoxes », à ceux qui ne pensaient pas comme tout le monde, et mettaient en garde contre notre dépendance aux énergies fossiles. Du fait de celle-ci, nous nous sommes exposés à un emballement des prix, avec les dégâts sociaux, économiques et budgétaires qui en résultent, et c’est encore plus d’argent qui quitte l’Europe pour financer le reste du monde, dont des pays qui ne nous veulent pas du bien.
Ici aussi, il faut savoir l’admettre, les environnementalistes ont été des précurseurs, même si c’est pour d’autres raisons que le seul dérèglement climatique. Pourquoi la Chine, pourtant moins riche que nous, est-elle en avance dans différentes technologies, dont celle des voitures automobiles, permettant de sortir de l’énergie fossile ? Il y a lieu de penser que la considération environnementale se double chez eux – qui, comme nous, sont importateurs de cette énergie – d’une volonté d’autonomie et, peut-être, de leadership dans des activités d’avenir.
S’il est un enseignement majeur de la politique de Trump, comme de Poutine ou de Xi Jinping, c’est que nous nous devons de nous rendre moins dépendants du reste du monde, sur le plan énergétique comme sur les plans technologique, informationnel, sécuritaire et financier. Le « doux commerce » vanté par Montesquieu doit marquer le pas et laisser de la place à une autonomisation ou, au strict minimum, à une large diversification géographique de nos fournisseurs dans tous les domaines à portée stratégique.