
Malheureusement, ces estimations comportent encore un assez grand degré d’incertitude. Comme pour les estimations précédentes, la Commission d'étude part (ou espère ?) d’une nette accélération de la croissance de la productivité dans les années à venir. Dans le scénario de base, cette croissance de la productivité atteindrait 1,3 % par an à partir de 2040. À titre de comparaison, aujourd’hui, cette croissance n’est qu’à peine de 0,3 % par an, la moyenne des 25 dernières années étant de 0,7 % par an. Il est impossible de prévoir avec certitude quelle sera la croissance de la productivité dans les prochaines décennies. La réalité actuelle est qu’elle ralentit depuis des décennies et est à présent presque à l’arrêt. Compter sur un retournement de cette tendance et une accélération significative pour maîtriser la facture du vieillissement est, pour le moins, assez optimiste.
Cela a son importance car même de petites différences dans la croissance de la productivité ont un impact énorme sur la future facture du vieillissement. Si la croissance de la productivité n’accélère pas jusqu’à 1,3 % par an, mais revient simplement à la moyenne des 25 dernières années, la surcharge annuelle de la facture du vieillissement atteindrait à terme non pas dix milliards, mais 36 milliards (en euros constants). Si la croissance de la productivité stagnait au niveau actuel, cela serait 56 milliards. Et si la croissance de la productivité s’arrêtait complètement, cela atteindrait même 74 milliards (de dépenses publiques supplémentaires par an). À l’inverse, si nous parvenions à pousser la croissance de la productivité à 2 % par an, nous n’aurions plus du tout à nous inquiéter de la facture du vieillissement.
Le poids de la future facture du vieillissement dépend donc essentiellement de ce qu’il adviendra de la croissance de la productivité. Espérer une forte accélération de cette productivité n’est pas une politique sérieuse. La réalité est douloureusement simple : si nous ne parvenons pas à augmenter nettement la croissance de la productivité, notre État-providence deviendra insoutenable (même avec les récentes réformes). Des possibilités existent pour renforcer la croissance de la productivité, via la digitalisation, l’IA, plus d’entrepreneuriat, moins de réglementation, plus d’investissements, plus d’innovation, plus de flexibilité, des procédures administratives fluidifiées, bref une meilleure politique… Mais tout cela ne se fera pas tout seul. La politique doit être beaucoup plus ciblée sur ce renforcement nécessaire de la croissance de la productivité. Sinon, nous risquons de perdre nos actuels 7 h
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