Urgence de la souveraineté: l’Europe doit urgemment se libérer des moyens de paiement américains
Temps de lecture: 3 min | 11 févr. 2026 à 05:00
Bruno Colmant
Professeur, Membre de l'Académie Royale
La fragmentation géopolitique et économique du monde accentue l’urgence pour l’Europe de se découpler partiellement des États-Unis, notamment dans les domaines stratégiques comme les paiements. La dépendance excessive vis-à-vis de géants américains tels que Visa et Mastercard — qui captent environ deux tiers des transactions par carte dans la zone euro — expose le continent à des risques de « militarisation » en cas de tensions transatlantiques graves. Des voix influentes appellent à une action urgente pour bâtir des solutions européennes souveraines.
Plusieurs initiatives convergent aujourd’hui vers cet objectif d’autonomie, même si elles diffèrent par leur nature (privée ou publique) et par leur horizon temporel. Elles se télescopent et se complètent, formant un écosystème en pleine accélération en 2026.
- D’abord, Wero, lancé par l’EPI (consortium de 16 grandes banques européennes, incluant BNP Paribas, Deutsche Bank, ING, Société Générale…). Lancé en 2024 comme alternative à Apple Pay, Wero s’est rapidement imposé pour les paiements P2P (personne à personne). Début 2026, il compte plus de 45 millions d’utilisateurs enregistrés en France, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas.
L’année 2026 marque une étape cruciale : l’extension aux paiements e-commerce, puis en magasin mi-2026 et au-delà, avec des fonctionnalités telles que la protection des achats et la gestion d’abonnements. Des partenariats récents visent l’interopérabilité paneuropéenne d’ici 2027. Wero repose sur des virements SEPA instantanés, réduisant les intermédiaires et les coûts, et se positionne comme un portefeuille unifié « Made in Europe ».
- Parallèlement, la BCE avance sur l’euro numérique, une initiative publique visant à préserver la souveraineté monétaire. Après la phase de préparation (achevée fin 2025), le projet entre en phase technique approfondie en 2026. Un vote décisif au Parlement européen est attendu (potentiellement en mai 2026), ce qui conditionnerait l’adoption du règlement législatif. Si le texte est approuvé en 2026, des pilotes pourraient démarrer mi-2027, avec une première émission possible en 2029. L’euro numérique offrirait une base infrastructurelle ouverte aux acteurs privés, permettant de bâtir l’équivalent européen d’un Visa ou d’un Mastercard.
Ces projets ne s’opposent pas vraiment : Wero (privé et rapide à déployer) et l’euro numérique (public) répondent à la même exigence de souveraineté. Mais l’euro numérique risque d’arriver trop tard en cas d’escalade géopolitique rapide, d’où l’urgence d’accélérer les initiatives privées telles que Wero.
L’Europe dispose désormais d’alternatives crédibles pour reprendre la main sur ses paiements. Le découplage n’est plus une option : c’est une nécessité pour une Europe souveraine dans un monde fragmenté.
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