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(Dé)politisation de l’administration: pourquoi est-ce un choix stratégique pour les libéraux?

Les socialistes disposent de leur école de formation pour fonctionnaires. Les nationalistes revendiquent leurs quotas de petits postes. Les libéraux, auxquels je me rattache moi aussi, sont par définition peu intéressés par les ministères. En effet, l’État omniprésent est précisément une épine dans le pied des libéraux. Mais aussi compréhensible que soit ce choix, il place les libéraux dans une position délicate lorsqu’il s’agit d’influencer durablement les politiques publiques.

Il est de notoriété publique que la Belgique est une particratie. Mais la Belgique est aussi une bureaucratie. Cela signifie que les bureaucrates appliquent les politiques de manière plus ou moins cohérente. Lorsque la bureaucratie fait obstacle, la politique est quasi impuissante. Aussi, notre pays s’arrange avec une administration entièrement politisée, où les ministres nomment leurs cabinets comme une sorte de tampon entre eux et l’administration.

Lorsque la N-VA est arrivée au pouvoir en Flandre en 2019, de très nombreux postes de haut niveau étaient vacants. Le parti aurait pu choisir la dépolitisation. Mais il a fait, malheureusement, exactement le contraire. Il a revendiqué le plus grand nombre possible de mandats flamands en proportion de son poids électoral. Le VDAB notamment. Et aujourd’hui encore, elle répète cette stratégie au niveau belge en s’emparant de postes clés allant de la Banque nationale de Belgique à la SFPIM.

Plus une société est politisée, moins elle est efficace, affirmait l’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt. Et il a raison. Mais lorsque la politisation existe, il vaut mieux jouer le jeu. Et c’est précisément là que les partis libéraux présentent une faiblesse stratégique. Les libéraux ne forment en effet pas une école. Recruter de bonnes forces pour les cabinets et les administrations publiques relève à chaque fois d’un véritable tour de force.


LORSQUE LA POLITISATION EXISTE, IL VAUT MIEUX JOUER LE JEU. ET C’EST PRÉCISÉMENT LÀ QUE LES PARTIS LIBÉRAUX PRÉSENTENT UNE FAIBLESSE STRATÉGIQUE.


L’antipode, ce sont les socialistes. Par l’intermédiaire de l’institut Vandervelde, ils disposent de leur propre école de formation pour membres de cabinets et hauts fonctionnaires. À chaque vague de nominations, ils tentent de boxer au-dessus de leur catégorie. Ils ont leurs hommes et leurs femmes partout. Grâce à cette stratégie de l’octopus, ils conservent le pouvoir au sein des administrations, même lorsqu’ils perdent les élections.

À titre d’illustration, une réalisation majeure est la limitation dans le temps des allocations de chômage. Même Paul Magnette affirme que cette mesure est irréversible. Mais pour qu’elle réussisse, les organismes d’accompagnement doivent activer les chômeurs. Il n’est donc pas surprenant que la VDAB soit dirigée par un membre de la N-VA et relève de la compétence d’un ministre N-VA. En Wallonie, où l’accompagnement vers le marché du travail est encore plus crucial, on nomme à la tête du Forem une personne qui a fait ses preuves dans les cabinets de quatre ministres socialistes. Peut-on attendre d’une telle personne qu’elle mène une politique libérale ? Non, évidemment. Quelqu’un pense-t-il vraiment que les chômeurs non disposés à travailler seront contrôlés et sanctionnés ? Non, évidemment.

Si les libéraux veulent avoir un impact durable, ils doivent soit dépolitiser l’administration, soit, à l’exemple de la N-VA, revendiquer les postes importants. Le désintérêt légendaire des libéraux pour les administrations, dans un pays comptant 1,1 million de fonctionnaires, est un choix stratégique erroné. Par ailleurs, des administrations efficaces sont extrêmement importantes pour les entreprises. Il est grand temps de lancer une école de formation pour les talents libéraux.

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