
Le cadre européen des droits des passagers aériens reposait jusqu'ici sur un règlement adopté en 2004. Sa révision, sur la table depuis plus d'une décennie, opposait frontalement deux camps : les compagnies aériennes, soutenues par plusieurs États membres, qui réclamaient un allongement du délai déclenchant l'indemnisation ; et le Parlement européen, attaché au maintien des droits existants. Le dossier était si sensible qu'il a fallu recourir à la conciliation, l'ultime procédure mobilisée lorsque les colégislateurs ne parviennent pas à s'accorder.
L'accord dégagé à Strasbourg tranche en faveur des voyageurs. Les compagnies n'ont pas obtenu le relèvement du seuil de retard qu'elles appelaient de leurs vœux. Le texte doit encore être formellement adopté par le Parlement — un vote est attendu lors de la session plénière de juillet — puis par le Conseil, avant d'entrer en vigueur.
Le principe demeure : un passager conserve le droit au remboursement ou au réacheminement, et peut réclamer une indemnisation lorsque son vol est retardé de plus de trois heures, annulé moins de quatorze jours avant le départ, ou en cas de refus d'embarquement. Le barème, fonction de la distance, est lui aussi reconduit : 250 € jusqu'à 1 500 km, 400 € entre 1 500 et 3 500 km, et 600 € au-delà. Pour les trajets les plus longs, la compagnie peut réduire l'indemnité de moitié si elle propose un réacheminement limitant le retard à l'arrivée à quatre heures.
La notion de « circonstances extraordinaires » subsiste : aucune indemnisation n'est due lorsque la perturbation résulte d'événements échappant au contrôle du transporteur — catastrophe naturelle, guerre, conditions météorologiques sévères ou grève des services aéroportuaires. En toute hypothèse, la compagnie reste tenue de prendre en charge les passagers bloqués : rafraîchissements, repas et, si nécessaire, hébergement, désormais plafonné à trois nuits.
« Les négociateurs du Parlement ont résisté aux pressions visant à affaiblir les droits des passagers aériens. »
Le principal apport de la réforme tient à la procédure de réclamation, jusqu'ici disparate et souvent dissuasive. À l'avenir, la compagnie devra transmettre par voie électronique, dans les quatre jours suivant la perturbation, des instructions claires sur la marche à suivre — sans imposer la création d'un compte ou le recours à une application. Le passager disposera de neuf mois pour introduire sa demande, et le transporteur de trente jours pour indemniser ou justifier son refus.
La transparence tarifaire est renforcée : compagnies, intermédiaires et comparateurs devront afficher dès le début de la réservation un prix incluant le bagage à main, ce qui rendra les offres réellement comparables. Un objet personnel — petit sac ou sac à dos — pourra être emporté gratuitement. Plusieurs pratiques contestées disparaissent : la correction d'une faute d'orthographe dans le nom ne pourra plus être facturée, l'enfant de moins de quatorze ans devra être placé sans frais à côté de la personne qui l'accompagne — règle étendue aux femmes enceintes et aux personnes à mobilité réduite — et la carte d'embarquement numérique devra être délivrée gratuitement, sans application imposée ni refus d'une version imprimée par le passager.
Pour les voyageurs comme pour les entreprises dont les collaborateurs se déplacent, l'accord clarifie des droits jusqu'ici mal connus et difficiles à faire valoir. Le tableau ci-dessous récapitule les points saillants ; sous réserve du vote formel attendu en juillet, ces règles ne s'appliqueront qu'après leur entrée en vigueur.
Sujet | Ce que prévoit l'accord |
Indemnisation | Maintenue dès 3 h de retard, annulation < 14 jours ou refus d'embarquement ; 250 à 600 € selon la distance. |
Réclamation | Instructions sous 4 jours ; 9 mois pour réclamer ; indemnisation sous 30 jours. |
Prix et bagages | Tarif affiché incluant le bagage à main ; objet personnel gratuit à bord. |
Frais abusifs | Fin des frais de correction d'un nom ; siège gratuit pour l'enfant < 14 ans ; carte d'embarquement numérique gratuite. |
Pour les professionnels du chiffre, l'intérêt est double : conseiller utilement les clients et dirigeants confrontés à des perturbations de voyage, et anticiper l'impact de ces nouvelles obligations de transparence sur la comparaison et la comptabilisation des frais de déplacement.
► En bref✓ Le seuil d'indemnisation reste fixé à trois heures de retard ; le barème de 250 à 600 € est reconduit. ✓ La procédure de réclamation est harmonisée : instructions sous quatre jours, neuf mois pour réclamer, indemnisation sous trente jours. ✓ Le prix affiché devra inclure le bagage à main ; plusieurs frais accessoires (correction de nom, siège enfant, carte d'embarquement) sont supprimés. ✓ L'accord, issu de la conciliation, doit encore être voté par le Parlement (session de juillet 2026) et le Conseil avant son entrée en vigueur. |
¹ Règlement (CE) n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004 établissant des règles communes en matière d'indemnisation et d'assistance des passagers en cas de refus d'embarquement et d'annulation ou de retard important d'un vol.
² Accord provisoire dégagé en comité de conciliation sur la révision dudit règlement (procédure de troisième lecture, art. 294 TFUE), soutenu par la délégation du Parlement européen, juin 2026 — sous réserve d'adoption formelle par le Parlement et le Conseil.