
La BCE vient discrètement d’accroître sa capacité à fournir des euros aux banques centrales étrangères contre dépôt temporaire d’obligations de grande qualité libellées en euros. Une banque centrale pourra ainsi remettre des titres à l’Eurosystème et recevoir rapidement des liquidités en euros, potentiellement jusqu’à 50 milliards d’euros.
> Premier signal : la BCE veut pouvoir intervenir massivement en cas de crise de liquidité. Si le dollar est déstabilisé, si les marchés obligataires se tendent ou si des banques centrales étrangères ont brutalement besoin d’euros, l’Eurosystème pourra fournir ces euros et éviter des ventes forcées d’obligations européennes. L’euro se dote donc d’un véritable filet de sécurité international.
> Deuxième signal : cela ne protège absolument pas contre la hausse des taux longs. Les banques centrales influencent fortement les taux à court terme, mais les rendements à dix, vingt ou trente ans dépendent aussi de l’endettement public, de l’inflation anticipée et, surtout, de la prime de risque exigée par les investisseurs. Nous pourrions parfaitement connaître des taux directeurs stables, voire plus faibles, tandis que les taux longs remontent fortement. Pour les États surendettés, ce serait redoutable.
>Troisième signal, et probablement le plus important : l’or. Plus les banques centrales doivent conserver la capacité de créer massivement de la liquidité pour stabiliser les marchés, plus une question revient : quelle est la valeur ultime d’une monnaie dont l’offre peut être augmentée lorsque le système vacille ?
C’est précisément là que l’or retrouve sa fonction historique. L’or n’est pas la dette de personne. Il ne dépend ni d’un État, ni d’une banque centrale, ni de la solvabilité d’un débiteur. Il ne promet aucun remboursement : il est lui-même la réserve.
Si les déficits publics restent élevés, si les taux longs deviennent plus volatils, si le dollar est progressivement contesté et si les banques centrales doivent multiplier leurs filets de liquidité, alors le cas structurel en faveur de l’or devient, à mes yeux, encore plus puissant.
? Nous entrons peut-être dans un monde paradoxal : davantage de création potentielle de monnaie, davantage de dettes publiques, des taux longs durablement élevés… et un prix de l’or qui en devient le thermomètre.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement une décision de taux de la BCE.
C’est la confiance dans la monnaie elle-même qui redevient un actif financier. Et quand cette confiance se fragilise, l’or retrouve naturellement sa place.