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La dette américaine a déjà atteint la lune

La dette fédérale américaine vient de franchir le seuil de 40 000 milliards de dollars. Elle a augmenté de 3 000 milliards en un an, soit près de 8 milliards par jour. La dette détenue par le public dépasse 32 000 milliards, soit presque l’équivalent du PIB américain, tandis que la charge d’intérêts excède déjà le budget de la défense.

Cette mécanique commence à se nourrir elle-même.Donald Trump vient de rappeler qu’il veut des taux d’intérêt bas. C’est plus qu’une injonction adressée à la Réserve fédérale. C’est devenu une condition nécessaire au refinancement de la dette. Or la Fed pilote les taux courts. Les taux à dix, vingt ou trente ans sont fixés par les marchés, dont les investisseurs exigent une prime croissante pour absorber cette masse d’obligations.Le Trésor vient de doubler ses rachats d’obligations à long terme pour calmer la déroute des marchés. Mais, sans excédent budgétaire, il doit emprunter pour racheter. Le financement risque donc de glisser vers des échéances plus courtes, moins coûteuses mais à renouveler demain. Cette architecture exige aussi un dollar faible. Si les taux nominaux restent inférieurs à l’inflation, les taux réels deviennent négatifs. Le créancier est remboursé dans une monnaie dont le pouvoir d’achat s’érode. Mais plus le dollar baisse, plus les investisseurs réclament un rendement élevé à long terme. Vouloir réduire les taux courts peut ainsi faire monter les taux longs.Les soutiens étrangers s’effritent aussi. Le Japon, premier détenteur extérieur de dette américaine, voit ses rendements remonter. Ses investisseurs ont intérêt à rapatrier leur épargne et leurs avoirs en bons du Trésor, qui ont déjà reculé. Certains pays pétroliers, confrontés à l’érosion de leurs recettes d’exportation et à leurs besoins internes, disposent de moins d’excédents à convertir en dollars. Ils peuvent vendre et, surtout, souscrire moins aux nouvelles émissions américaines.Il n’existe aucune issue heureuse. Réduire brutalement les déficits imposerait des hausses d’impôts ou des coupes budgétaires explosives et récessives. Laisser monter les taux longs enclencherait une spirale où les intérêts nourrissent la dette qui nourrit les taux. Contraindre la Fed à maintenir des taux réels négatifs affaiblirait le dollar, relancerait l’inflation et détruirait son indépendance. Monétiser la dette ne supprimerait rien. Cela transférerait la perte à tous ceux qui détiennent la monnaie.Les États-Unis ne feront probablement pas défaut en dollars puisqu’ils créent le dollar. Mais ils pourraient rembourser leurs créanciers en dollars qui valent moins. La crise américaine ne prendrait pas la forme d’une faillite, mais bien celle d’une dépréciation organisée de la monnaie mondiale.Quand la monnaie de réserve mondiale devient l’instrument de survie budgétaire de son émetteur, tout le système financier mondial entre en apesanteur.​

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