
Traduit en français courant : le dirigeant doit démontrer qu’il travaille pour justifier qu’on le paie.
Poussé à sa logique, l’argument est vertigineux. Personne n’exige d’un salarié qu’il produise un rapport d’activité détaillé pour toucher son salaire brut — le contrat de travail et le lien de subordination suffisent. Mais pour un dirigeant, actionnaire de sa propre société, la présomption s’inverse brutalement : il doit s’auto-certifier utile à lui-même. On a inventé la présomption de flemme du patron.
Le problème, c’est que cette lecture ignore une réalité économique élémentaire : un plan d’options est un outil de fidélisation et d’alignement d’intérêts, pas une prime distribuée au hasard un vendredi après-midi. Sa nécessité professionnelle se déduit de sa fonction économique — pas d’un cahier des charges rétroactif exigé six ans plus tard.
Aucune circulaire, aucune position officielle ne vient étayer cette lecture. C’est une pratique de terrain, observée dossier après dossier. Ce qui n’enlève rien à sa capacité de nuisance : un contrôle qui frappe sans base publiée est encore plus difficile à anticiper qu’un contrôle annoncé.
Une seule réponse tient la route — et elle a fait ses preuves sur le terrain :
— vérifier la cohérence des statuts avec la politique de rémunération réellement pratiquée ;
— faire acter dans les PV d’assemblée générale la logique et les objectifs du plan, au moment de son adoption — pas sous la pression d’un contrôle ;
— formaliser des conventions de management précises : fonctions, responsabilités, objectifs ;
— documenter, par des listings de prestations réguliers, la réalité de l’implication du dirigeant.
Oui, c’est surréaliste de devoir constituer, pour un chef d’entreprise, le dossier qu’on n’exigerait jamais d’un salarié lambda. Mais c’est la prudence la moins coûteuse — bien avant que le contrôle ne frappe.
La rigueur documentaire n’est plus une option de confort. C’est devenu la condition de survie de la déduction elle-même.