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Le fisc prend option sur les options

​Depuis quelques mois, un même chef de redressement revient dans les dossiers de plans d’options sur actions octroyés aux dirigeants : l’administration refuse la déduction, dans le chef de la société, du coût de l’option.

Motif invoqué : l’article 49 CIR92 et la fameuse « théorie de la rémunération » — la charge ne serait déductible que si elle rétribue une prestation réelle et prouvée.

​Traduit en français courant : le dirigeant doit démontrer qu’il travaille pour justifier qu’on le paie.

​Poussé à sa logique, l’argument est vertigineux. Personne n’exige d’un salarié qu’il produise un rapport d’activité détaillé pour toucher son salaire brut — le contrat de travail et le lien de subordination suffisent. Mais pour un dirigeant, actionnaire de sa propre société, la présomption s’inverse brutalement : il doit s’auto-certifier utile à lui-même. On a inventé la présomption de flemme du patron.

​Le problème, c’est que cette lecture ignore une réalité économique élémentaire : un plan d’options est un outil de fidélisation et d’alignement d’intérêts, pas une prime distribuée au hasard un vendredi après-midi. Sa nécessité professionnelle se déduit de sa fonction économique — pas d’un cahier des charges rétroactif exigé six ans plus tard.

​Aucune circulaire, aucune position officielle ne vient étayer cette lecture. C’est une pratique de terrain, observée dossier après dossier. Ce qui n’enlève rien à sa capacité de nuisance : un contrôle qui frappe sans base publiée est encore plus difficile à anticiper qu’un contrôle annoncé.

​Une seule réponse tient la route — et elle a fait ses preuves sur le terrain :

​— vérifier la cohérence des statuts avec la politique de rémunération réellement pratiquée ;
​— faire acter dans les PV d’assemblée générale la logique et les objectifs du plan, au moment de son adoption — pas sous la pression d’un contrôle ;
​— formaliser des conventions de management précises : fonctions, responsabilités, objectifs ;
​— documenter, par des listings de prestations réguliers, la réalité de l’implication du dirigeant.

​Oui, c’est surréaliste de devoir constituer, pour un chef d’entreprise, le dossier qu’on n’exigerait jamais d’un salarié lambda. Mais c’est la prudence la moins coûteuse — bien avant que le contrôle ne frappe.

​La rigueur documentaire n’est plus une option de confort. C’est devenu la condition de survie de la déduction elle-même.​

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