​Les États-Unis sont-ils en guerre avec eux-mêmes ?

Les États-Unis, dont le nom englobe celui des deux continents américains, sont un pays indéchiffrable, tant leurs particularismes, bien décrits par Tocqueville, sont nombreux. Là-bas, la vie est locale, en écho aux congrégations, essentiellement protestantes, qui ont tissé la trame du pays dans une violence historique terrible : guerrière, esclavagiste et, aujourd’hui, économique. Plus que jamais, le racisme refait surface. Les héros afro-américains sont effacés des récits officiels, et l’anglais est affirmé comme la seule langue légitime, alors que 15 % de la population parle espagnol.

L’élection de Donald Trump a cristallisé la rancœur d’une classe moyenne manufacturière ou agricole qui s’est vue déclassée et dépassée dans un système économique néolibéral mondialisé. Si cette mondialisation a profité à beaucoup, ce sont surtout les capitalistes qui en ont tiré les bénéfices. Depuis 30 ans, les salaires réels, c’est-à-dire corrigés de l’inflation, stagnent, tandis que les gains de productivité ont été largement captés par les détenteurs de capital — sous forme de profits, de dividendes et de valorisation boursière — laissant aux travailleurs une part infime et creusant ainsi les inégalités économiques.

C’est donc une colère, alimentée par des courants évangéliques en quête de pureté raciale, qui a porté Trump au pouvoir. Mais aujourd’hui, de manière de plus en plus évidente, certains Américains commencent à réaliser que ses promesses n’étaient que des mirages. Personne n’aurait imaginé qu’un président défierait les équilibres constitutionnels, remettrait en cause des amendements, gouvernerait par décrets, tout en exigeant la destitution des juges fédéraux qui, en toute légalité, s’opposent à ses décisions. Dans la foulée, les opposants sont marginalisés, la presse est muselée, et l’histoire est réécrite. Toutes les dictatures ont suivi ce chemin.

Évidemment, certains citoyens se rebellent. Mais leurs actions pourraient produire l’inverse de ce qu’ils espèrent : un pouvoir encore plus autocratique et concentré, qui retournera contre eux la violence des trumpistes les plus extrêmes. Ceux qui pensent que les élections de mi-mandat apporteront un apaisement se trompent. Si les républicains les perdent, ils les contesteront. Et si Trump reste en vue pour 2028, pourrait-il manipuler les décisions ou inverser les rôles de président et vice-président ? La Russie a déjà montré la recette, si les élections sot convoquées, ce qui est moins que certain, même si le président n'a aucun pouvoir pour reporter une élection .

Quel en sera l’aboutissement ? Un peuple qui se soulève ou qui se verra interdit de toute contestation dans une répression qui ne dit pas son nom. Une chose est claire : l’Amérique ne s’est jamais supportée elle-même, raison pour laquelle elle a toujours exporté sa violence dans des guerres lointaines. Sans ces dernières, c’est l’Amérique qui risque d’entrer en guerre avec elle-même.

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