
Alors qu’au début de cette année, nous espérions encore une année d’inflation plutôt normale, cette perspective a complètement changé avec l’attaque contre l’Iran. L’inflation a déjà sensiblement accéléré. Cela se traduira rapidement par une hausse plus forte des coûts salariaux. Et rien n’indique pour l’instant qu’une amélioration significative se profile à court terme.
La situation au Moyen-Orient reste instable et rien ne laisse penser qu’elle s’améliorera rapidement. L’Iran dispose clairement de la capacité de perturber le trafic dans le détroit d’Ormuz, tandis que les groupes soutenus par l’Iran, comme les rebelles houthis, restent très actifs. Cette instabilité se répercute également sur les marchés de l’énergie, où les prix, après un net ralentissement au début de l’été, sont repartis à la hausse pour atteindre les niveaux records de cette crise. Le prix du pétrole s’est de nouveau établi au-dessus de 100 dollars le baril au cours du mois écoulé, soit 75 % de plus qu’au début de l’année. La hausse des prix de nombreux produits dérivés, comme le diesel, est encore plus importante en raison des attaques persistantes contre les capacités de raffinage au Moyen-Orient et en Russie.
Le choc le plus important concerne toutefois les prix du gaz, qui ont atteint cette semaine leur niveau le plus élevé depuis la fin de 2022. En Europe, le prix du gaz est aujourd’hui 200 % plus élevé qu’au début de l’année. La combinaison de l’incertitude persistante au Moyen-Orient, du niveau relativement bas des stocks de gaz en Europe et d’un hiver éventuellement rigoureux pourrait encore pousser sensiblement les prix du gaz à la hausse. Nous pourrions bien sûr également connaître un hiver doux, mais le risque d’une nouvelle hausse des prix du gaz est en tout cas bien réel.
L’impact sur l’inflation est déjà manifeste. Au début de cette année, on s’attendait à ce que l’inflation évolue autour du niveau normal de 2 % au cours de l’année. Aujourd’hui, elle atteint 4,7 % et, selon les dernières prévisions du Bureau fédéral du Plan, elle grimpera à 5,7 % d’ici janvier. Elle devrait ensuite progressivement refluer vers 2,3 % d’ici la fin de 2027. Ce scénario suppose une certaine stabilisation de la situation au Moyen-Orient, qui entraînerait malgré tout une nette baisse des prix de l’énergie par rapport à leurs niveaux actuels. Même si les prix de l’énergie se stabilisaient à leurs niveaux actuels, l’inflation ralentirait progressivement au cours de 2027, mais évidemment plus lentement que dans le scénario de base du Bureau fédéral du Plan. Pour que l’inflation atteigne un niveau nettement plus élevé, les prix de l’énergie devraient encore fortement augmenter. Aucun de ces scénarios ne peut pour l’instant être exclu.
Selon le Bureau fédéral du Plan, l’inflation moyenne s’établirait à 3,7 % tant en 2026 qu’en 2027. Les deux années présenteraient toutefois un profil inversé : en 2026, l’inflation partirait d’un niveau bas pour terminer l’année à un niveau élevé, tandis que le schéma inverse se produirait en 2027.
La hausse de l’inflation aura, dans notre pays, un impact à très court terme sur les coûts salariaux par le biais de l’indexation automatique des salaires. Bien plus rapidement que dans les pays voisins, les chocs inflationnistes se répercutent ici automatiquement sur les coûts salariaux. Le rythme exact de cette répercussion varie d’un secteur à l’autre en fonction de la périodicité de l’indexation. Pour le principal groupe de travailleurs de notre pays, dont les salaires sont indexés une fois par an en janvier, l’indexation s’élèverait à 4,5 % en janvier 2027. Selon les prévisions actuelles, elle atteindrait 2,9 % en janvier 2028. Cela signifie donc à nouveau deux années durant lesquelles la hausse des coûts salariaux sera nettement supérieure à celle observée en temps normal, ce qui creusera à nouveau le handicap salarial par rapport aux pays voisins.
Au début de l’année prochaine, les négociations commenceront en vue de conclure un nouvel accord interprofessionnel sur la hausse des salaires pour 2027-2028, en plus de l’indexation. Au début de cette année, il semblait encore qu’il y aurait cette fois une marge pour une hausse salariale réelle dans le cadre de la norme salariale. Avec les nouvelles prévisions en matière d’indexation, cette marge risque d’avoir à nouveau été entièrement absorbée. Il est donc fort probable que les partenaires sociaux ne parviennent que très difficilement, voire pas du tout, à conclure un accord.
La prochaine indexation sera quelque peu freinée par l’indexation plafonnée, mais son impact variera selon les entreprises en fonction du niveau des salaires (pour la partie dépassant un salaire brut de 4 000 euros, une indexation de 2 % est supprimée, mais la moitié de ce montant doit néanmoins être versée sous la forme d’une cotisation spéciale à l’ONSS). Cette indexation plafonnée excessivement complexe ne résout évidemment pas les problèmes structurels liés à l’indexation automatique des salaires.
Ces problèmes structurels tiennent notamment au fait qu’à chaque choc inflationniste externe, les entreprises belges sont obligées, quelles que soient les conditions économiques, d’accorder des hausses salariales plus importantes, ce qui les pénalise par rapport à leurs concurrents étrangers, que l’ensemble de notre système de formation des salaires est figé et n’offre presque aucune marge de flexibilité et d’adaptation, et que le processus actuel de fixation des salaires compromet le potentiel de croissance de notre économie.
Le débat devrait en réalité porter sur la manière de faire évoluer notre processus de formation des salaires afin d’obtenir les meilleurs résultats tant pour l’économie que pour le marché du travail et, partant, pour le pouvoir d’achat. Comme dans la plupart des autres pays, il s’agirait d’une formation des salaires fondée sur des négociations entre employeurs et travailleurs, sans indexation automatique et sans norme salariale.
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