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On en est encore à devoir rappeler que le prix équilibre l’offre et la demande

Il est régulièrement avancé qu’il serait bénéfique d’initier tous les élèves du secondaire aux notions de base de l’économie. Pour une école qui peine à former convenablement en français – on a vu le taux de réussite pitoyable au test de français des apprentis enseignants – et en mathématiques, voilà qui semble être une distraction. Et le râleur ajoutera que si, de toute façon, c’est pour atteindre d’aussi bons résultats dans l’enseignement de l’économie que dans celui du néerlandais, il ne sert à rien de se donner cette peine.

Toutefois, certains responsables politiques francophones, par leurs propositions face à la remontée des prix du pétrole, et aussi certains représentants du monde de l’entreprise donnent l’impression, à leur corps défendant, que ce serait diablement utile, tellement leurs propositions face à la vive remontée des prix de l’énergie fossile dérogent au b.a.ba de l’économie. Si on avance que le prix se fixe à un niveau qui équilibre l’offre et la demande, pas grand monde tombera de sa chaise, et pourtant, à écouter ces voix, c’est comme s’il y avait moyen d’échapper à cette loi d’airain.

Avant d’y revenir, soulignons un autre élément affligeant : voir les représentants de celles et de ceux, les entrepreneurs, à qui on se plait d’associer une exemplarité en termes d’indépendance et de prise de risque, avoir comme réflexe de demander une aide publique. Des lecteurs pourraient penser que demander une baisse d’accise ou de TVA ou un gel des prix n’est pas une aide publique, mais qu’ils se détrompent ! L’énergie fossile est sous-taxée par rapport à son impact (ses « externalités ») et est donc déjà aujourd’hui, économiquement, subventionnée. Réduire la fiscalité équivaut donc à accroître la subvention ! Le gel des prix, lui, fait songer à la pensée magique. Ce qui ne sera pas payé par l’acheteur de cette énergie, qu’il soit entrepreneur ou consommateur, devra bien être payé par un autre, en fait par la collectivité !

Le cessez-le-feu provisoire annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril offre un répit. Mettons-le à profit pour réfléchir ! La fermeture du Détroit d’Ormuz et la destruction de capacités de production énergétique dans la région sont un choc d’offre négatif. La possible future taxe de passage pour les bateaux y transitant est un choc d’offre négatif. L’anticipation d’une potentielle fermeture future ou de nouvelles destructions est, elle aussi, un choc d’offre négatif (il faut parfois se répéter pour être entendu !). Bien sûr, il y a moyen d’augmenter l’offre énergétique ailleurs et autrement, mais pour l’essentiel que dans le temps long de l’investissement. Nous sommes donc confrontés à une nécessité de réduire la demande. C’est malheureusement aussi simple que cela. Imaginons un instant que l’Etat intervienne et compense, à l’euro près, l’augmentation du prix du pétrole brut et du gaz, que ce soit avec des baisses d’accise ou de TVA, incidemment déjà au plancher. La demande serait alors inchangée … alors que l’offre a baissé. Il ne pourrait qu’en résulter une nouvelle augmentation du prix ! Idem avec un plafonnement des prix. Sans hausse du prix, on aura une demande inchangée face à une offre en baisse.

Donc, volens nolens, « like it or not », la demande doit baisser. Et c’est le rôle que joue précisément la variation du prix : une hausse doit inciter à offrir plus et à demander moins. On parle de « signal-prix ». Le contrarier, c’est un peu comme complètement boucher la bouilloire qui est sur le feu !

Le monde de l’économie marchande est le monde du choix. Tel producteur mise sur tel produit, telle technologie, tel marché, tel marketing, … Et on ne gagne pas à tous les coups. Gagner est parfois le fait du hasard et de la chance. On peut exceller dans son domaine et néanmoins connaître la faillite. Mais gagner n’est pas que l’affaire du hasard et de la chance. Ceux qui ont bien anticipé, par curiosité, intelligence, audace ou veine, gagnent, et c’est tant mieux ! Il faut que celles qui n’ont pas pris les bons virages au bon moment cèdent leur place à celles qui ont bien anticipé. C’est la fameuse « destruction créatrice ». Si une entreprise chimique a davantage investi dans l’efficacité énergétique qu’un concurrent, il faut ardemment souhaiter, quand l’énergie devient plus chère, que la première gagne des parts de marché. Neutraliser la hausse du prix de l’énergie serait particulièrement contre-productif, en plus d’être profondément injuste.

Cela ne veut pas dire que les pouvoirs publics sont impuissants. Ils doivent laisser jouer le signal-prix, seul moyen efficace et durable d’équilibrer le marché, mais agir sur le pouvoir d’achat de la population ou de certaines composantes de celles-ci, au travers d’un transfert monétaire. Un transfert en argent est à préférer à un « prix social » ou un « prix subventionné » pour préserver le signal-prix. Ici se posent deux questions. La première est qui aider ? Tout le monde ? Celui qui habite une grande maison mal isolée ? Celui qui a de longues navettes vers le boulot ? Celui qui a des revenus faibles ? Celui qui produit en utilisant beaucoup d’énergie ? Notre préférence va aux bas revenus et aux personnes à longue navette, en utilisant un processus administratif le plus simple possible, par exemple une demande motivée sur l’honneur du citoyen. La seconde est comment financer ? Ici, notre préférence est de surtout ne pas creuser le déficit public, les années qui viennent ne seront pas plus simples. Il faut donc compenser le coût des aides monétaires par une réduction d’autres dépenses ou, à défaut, une augmentation de certains impôts.

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