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​Une brûlante inquiétude

Lorsque j’ai écrit ce livre, Une brûlante inquiétude, publié en 2022 et préfacé par Thomas Dermine , j’étais dans un chalet en Suisse. Au loin, je voyais le torrent né d’un glacier qui disparaissait. L’eau dévalait la montagne comme si une mémoire millénaire se défaisait sous mes yeux.

Je n’aurais jamais pensé que ce titre, emprunté à l’encyclique Mit brennender Sorge de Pie XI, deviendrait aussi littéralement actuel.


Ce livre parlait d’écologie.

D’un sujet que l’on n’enseignait guère dans les écoles de commerce, ou seulement à la périphérie des « vraies » matières. Certainement pas à ma génération. Nous quittions l’étude de Keynes pour entrer dans le règne de Friedman. On nous enseignait l’efficience des marchés, la création de valeur et la primauté de l’actionnaire. La nature n’apparaissait dans aucun bilan. Son épuisement était une externalité. Le profit, lui, était comptabilisé avec une précision souveraine.

J’ai appartenu à ce monde intellectuel.

Je le dis sans détour et, aujourd’hui, avec remords.
Nous avons cru que l’économie pouvait s’abstraire du vivant, que la technologie réparerait demain ce que la croissance détruisait aujourd’hui, que la Terre absorberait silencieusement nos excès.

Mais la Terre ne se tait plus.

Au moment où j’écris ces mots, la France et l’Espagne brûlent. Des familles fuient, des forêts disparaissent, des animaux meurent et la fumée recouvre des paysages que l’on croyait éternels. Les flammes que nous regardons encore sur nos écrans finiront par se rapprocher.

Oui, un jour, elles atteindront aussi la Belgique. Aucun pays n’est hors du climat.
Ce qui brûle n’est pas seulement la végétation. Ce sont des maisons, des souvenirs, des enfances, des vies humaines. C’est aussi notre illusion la plus tenace : celle de pouvoir continuer à produire, consommer et financer comme si le monde physique n’avait ni limites ni mémoire.

Ce livre n’était pas une prophétie. C’était un aveu : celui d’un économiste qui comprenait, peut-être trop tard, que l’économie n’est pas au-dessus de la nature. Elle en est une dépendance fragile.

Il faut désormais enseigner autrement, gouverner autrement, investir autrement.
Réhabiliter l’État stratège.
Donner un prix au dommage, une valeur au temps long, une voix aux générations qui ne sont pas encore nées.
Et cesser d’appeler « externalité » ce qui rend simplement la vie possible.

Dans ce chalet suisse, je regardais mourir un glacier.
Aujourd’hui, c’est le monde qui nous regarde.
Et il nous demande ce que nous avons fait du temps qu’il nous restait.​

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