
Rappel des faits, pour ceux que les communiqués budgétaires endorment.
Quand vous sortez un dividende ordinaire de votre société, l’État prélève 30 %. Le régime VVPRbis, conçu pour récompenser les petites sociétés qui se capitalisent, ramenait ce précompte à 15 %. « Ramenait », à l’imparfait : la loi-programme votée fin mai 2026 et publiée au Moniteur belge le 1er juin le porte à 18 %. Troisième tour de vis en douze mois sur les mêmes régimes. On appelait cela de l’instabilité ; soyons exacts : c’est un rabotage méthodique, financé par l’entrepreneur qui avait cru à la parole de l’État.
Ce qui compte, c’est la date de la distribution. Jusqu’au 30 juin 2026, vos dividendes VVPRbis restent à 15 %. À partir du 1er juillet, ce sera 18 %. Aucune clause de sauvegarde, aucune tolérance : la date butoir tombe comme un couperet.
Concret : sur 100 000 € distribués, 15 000 € de précompte avant le 1er juillet, 18 000 € après. 3 000 € de plus, pour le seul privilège d’avoir patienté. Le VVPRbis, même alourdi, reste très préférable aux 30 000 € d’un dividende ordinaire.
Vous avez encore quelques semaines. Un acompte sur dividende — si vos statuts l’autorisent — ou un dividende intercalaire en assemblée générale permettent d’acter une distribution à 15 % avant la bascule.
Mais pas à la légère : procès-verbal en règle, date certaine, tests d’actif net et de liquidité. L’administration ne pardonne pas l’improvisation.Et n’imaginez pas échapper à la hausse en liquidant votre société pour tout sortir à 0 %, quitte à repartir ailleurs.
La même loi introduit une disposition anti-phénix : si, dans les trois ans, vous reprenez — directement ou indirectement — une activité « identique ou similaire » comme dirigeant, la distribution est requalifiée en dividende ordinaire à 30 %.
Le mot « similaire » n’est défini nulle part. Insécurité juridique érigée en méthode.S’organiser dans les règles n’est ni de la fraude ni de l’optimisation agressive : c’est de la prudence élémentaire face à un législateur qui change les règles en cours de partie. La sécurité juridique est devenue une variable d’ajustement budgétaire. À vous de ne pas la subir.
Vous détenez des réserves distribuables et un régime VVPRbis ? Parlez-en à votre expert-comptable ou à votre avocat avant le 1er juillet. Après, les 15 % appartiendront au passé.
Thierry LitannieAvocat spécialisé en droit fiscal — LITAXLAW (Litannie Tax & Law),