
Deux rapports, deux verdicts, une même semaine d'avril. L'OCDE place la Belgique en tête des pays où le travail est le plus taxé, à 52,5 % du coût d'un salaire moyen. Le FMI la place, le même mois, en tête des déficits publics de la zone euro, à 5,3 % du PIB. Comment un pays peut-il être à ce point primé dans deux compétitions qu'il aurait pourtant tout intérêt à perdre ?
Posons le constat brut. En 2025, un Belge célibataire au salaire moyen a vu 52,5 % de son coût de main-d'œuvre absorbé par l'impôt et les cotisations sociales. C'est le record de l'OCDE — et il dépasse la moyenne des trente-huit pays examinés (35,1 %) de 17,4 points. Le même Belge, à travers son État, a contribué cette année à un déficit public de 5,3 % du PIB. C'est, là encore, le record — celui des dix-neuf pays de la zone euro, qui n'ont en moyenne dégradé leurs comptes que de 3,0 %. Deux records, deux fois la première place. La performance est rare.
La mauvaise question consiste à demander si l'on peut encore taxer davantage. La bonne est de comprendre comment, en taxant déjà tant, on parvient à produire un déficit pareil. Car la fiscalité du travail belge n'est pas timide. Le coin fiscal marginal pour un travailleur rémunéré à 50 % du salaire moyen atteint 86,9 % — ce qui signifie que sur chaque euro brut additionnel, près de 87 centimes repartent en prélèvements ou en perte de droits. L'État, sur le papier, dispose donc d'une assiette généreusement servie. Mais l'addition ne tient pas.
Un tel niveau marginal n'est pas neutre. Il signifie qu'un travailleur modeste qui accepte des heures supplémentaires ou une promotion ne perçoit qu'une fraction du gain brut. La conséquence est connue : le travail supplémentaire ne paie pas. Et ce qui ne paie pas ne se présente pas.
Un coin fiscal élevé ne dit rien, en lui-même, du rendement budgétaire. Il dit ce que coûte un emploi. Il ne dit pas combien il en existe, ni à quel niveau de rémunération. Il ne dit pas davantage si la dépense publique financée par ailleurs croît plus vite que cette assiette. Or c'est précisément là que se loge l'anomalie belge : nous prélevons beaucoup, mais sur une assiette dont la dynamique est en partie freinée — par le poids même des prélèvements, par un taux d'emploi structurellement inférieur à celui de nos voisins, par une démographie active qui ne progresse pas. Taxer beaucoup d'un peu de monde, c'est encaisser peu malgré tout.
Le détail rapporté par l'OCDE en dit long. En 2025, le coût total de main-d'œuvre d'un travailleur belge au salaire moyen atteint 111 355 euros, contre 110 216 euros en Autriche et 105 925 euros au Luxembourg. Ce que perçoit l'employé en fin de mois est l'aboutissement d'un long processus d'évaporation. Pour le client international, cette équation devient lisible — et rarement à notre avantage.
Les ménages avec enfants paient moins — 15,6 % de moins pour un couple marié à deux enfants et un seul salaire, par rapport à un célibataire sans enfant. C'est le cinquième bonus familial de l'OCDE. Voilà l'un des bons côtés du système. Mais le couple biactif avec deux enfants — la configuration la plus banale du pays — supporte à son tour le coin fiscal le plus élevé de l'OCDE, à 44,8 %. Tout en bas, tout en haut, à mi-chemin : la Belgique pèse plus lourdement que ses voisins, à toutes les configurations de ménage. Et elle dégage pourtant moins. Le FMI projette 5,1 % de déficit en 2026 et 5,2 % en 2027 si rien ne bouge. Le Comité de monitoring fédéral, lui, voit encore 4,9 % à l'horizon 2029. Le pacte de stabilité européen fixe pourtant la limite à 3 %. Nous serions presque deux fois plus loin du seuil que la moyenne de nos partenaires.
Les comparaisons internationales donnent à voir des choix. La France a réduit son déficit de 0,7 point en un an, pendant que la Belgique creusait le sien de 0,9 point. L'Italie et la Lettonie ont abaissé leur coin fiscal de plus d'un point en 2025, par des allégements ciblés. L'Australie l'a abaissé de 1,67 point via une réforme de barème. Ces pays n'ont pas découvert un secret. Ils ont décidé que leur fiscalité du travail devait redevenir compatible avec leurs ambitions économiques. Un choix — celui que nous n'avons pas encore tranché.
On peut ironiser sur la performance — championne de la taxation, championne du déficit. On peut aussi, plus utilement, en faire un examen. L'écart entre la moyenne OCDE et la pression belge atteint 17,4 points. L'écart entre la moyenne européenne et notre déficit atteint 2,3 points. Ces deux écarts pèsent sur le débat public, et tôt ou tard, ils peseront aussi sur la facture du contribuable. Avant de demander où prélever davantage, posons-nous la question que personne n'aime poser : pourquoi prélever autant rapporte-t-il si peu ? Le problème n'est plus seulement de niveau. Il est désormais de cohérence. Et la cohérence, à ce stade, n'est plus une variable d'ajustement — elle devient un programme.
Cette opinion a également été publiée dans La Libre Eco
Notes
1 OCDE (2026), Les impôts sur les salaires 2026, Éditions OCDE, Paris.
2 FMI, statistiques de finances publiques de la zone euro, avril 2026.