
Mais il y a plus : la combinaison de l’invasion russe de l’Ukraine et de la présidence de Donald Trump conduit à une disqualification de l’OTAN (dont la Russie testera la cohésion par une autre invasion accessoire à son échelle, comme celle d’un pays balte) et, surtout, de l’Union européenne.
La légitimité de l’Union européenne est mise en cause par les grands blocs américains, chinois et russe, tandis que, de l’intérieur, des courants centrifuges révèlent les fractures historiques qui opposèrent le Latin au Germain, le catholique au réformé et à l’orthodoxe, les pays terriens et ceux qui sont plutôt maritimes, l’homme des plaines et celui des plateaux, bref tout ce que l’Union européenne tente, en vain, de sublimer.
Donc une Europe qui étouffe ses États membres va devenir insupportable pour des pays plus éloignés de son centre historique, et qui ont des proximités, politiques ou historiques, plus marquées avec la Russie, dont ils faisaient partie au temps de l’URSS.
La solution que Bart de Wever a défendue avec brio constituera un précédent, car la matière revêt une importance historique, puisqu’il s’agit d’aider un pays en guerre, à savoir l’Ukraine. Trois pays se sont détachés du financement de l’Ukraine, solution qui a trouvé un écho favorable auprès d’un pays membre historique, comme l’Italie.
Et c’est là le secret : croire que l’Union européenne s’affaiblit en perdant son unanimité est incorrect. C’est l’inverse : un modèle plus confédéral (ou intergouvernemental), au sein duquel des pays plus souverainistes trouvent leur place, va sauver l’Europe.
Et, pour clôturer cette courte note, il faut se rappeler ce que Charles de Gaulle disait aussi en 1962 : il n'y a pas, il ne peut pas y avoir d'autre Europe que celle des États, en dehors naturellement des mythes, des fictions, des parades. Selon lui, on ne pouvait pas construire une démocratie européenne abstraite car il n'existe pas de peuple européen unique, mais des peuples distincts.