
Les années 70 furent caractérisées par l’abandon de l’étalon-or par les États-Unis : les monnaies décrochèrent alors dans une course indescriptible à la dévaluation. Ces dévaluations contribuèrent à importer de l’inflation, d’autant que les prix pétroliers explosèrent lors des deux chocs de 1973-74 et 1978-79.
À l'époque, personne ne savait réellement comment résoudre cette impossibilité : être confronté simultanément à une stagnation et à une inflation. Cette situation, la stagflation, était presque impossible à imaginer dans le cadre des théories keynésiennes — du nom de l’économiste Maynard Keynes (1883-1946) — qui étaient alors en vigueur.
On enseignait également les travaux d'un autre économiste, le Néo-Zélandais William Phillips (1914-1975). Dans un article séminal de 1958, il illustrait une relation négative, établie empiriquement entre 1861 et 1957 dans l’industrie britannique, entre le taux de chômage et le taux d’inflation. Selon lui, lorsque le chômage baisse, le pouvoir de négociation salariale augmente, ce qui conduit indirectement à une inflation accrue.
Milton Friedman (1912-2006) contesta cette "courbe de Phillips" en affirmant que l’inflation ne réduisait pas le chômage à long terme ; c’est d'ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il obtint le prix Nobel d’Économie.
Il est vrai que l’utilisation de cette courbe dans le contexte de stagflation des années soixante-dix avait conduit à des politiques monétaires et budgétaires qualifiées de « stop and go », consistant à alterner des phases de stimulation de l’emploi par l'inflation (go) et des phases de rigueur (stop). Raymond Barre (1924-2007), Premier ministre du président français Valéry Giscard d’Estaing, avait qualifié en 1977 cette alternance de « politique de l’escarpolette ».