
Lors d’un incendie, d’une inondation ou d’une tempête, la première colère se tourne contre la puissance publique. On lui reproche de n’avoir ni prévu, ni empêché, ni réparé immédiatement. Mais ces événements sont, par nature, des situations d’exception. Aucun État ne peut disposer en permanence de moyens dimensionnés pour couvrir simultanément l’ensemble du territoire. On peut posséder des chasse-neige sans pouvoir dégager toutes les routes au même instant, des avions bombardiers d’eau sans pouvoir éteindre aussitôt tous les foyers, des services de secours sans leur conférer le don d’ubiquité
Or nous ne tolérons plus cette limite.
Dans un pays à haute fiscalité, l’impôt est de plus en plus perçu comme la prime d’une assurance tous risques souscrite auprès de l’État.
Puisque nous payons beaucoup, nous exigerions d’être protégés de tout. La contribution fiscale donnerait même, à certains, un droit à la déresponsabilisation individuelle et à la disparition de l’aléa.
C’est évidemment impossible : l’impôt mutualise les risques, mais il ne les abolit pas.
Le dérèglement climatique va donc placer l’État dans une contradiction redoutable : on exigera toujours davantage de lui au moment même où la multiplication des catastrophes rendra sa protection plus imparfaite, plus coûteuse et plus inégale.
Chaque défaillance apparente deviendra une accusation politique ; chaque délai, une preuve d’abandon et chaque arbitrage, une injustice.
Tel est le paradoxe : ceux qui nient le dérèglement climatique pourraient être les premiers à prospérer sur ses ruines.
Ils ne devront même pas en reconnaître les causes.
Il leur suffira d’en exploiter les colères.