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Le dollar ne disparaîtra pas. C’est peut-être le problème.

Je reviens sur le dollar, car le problème est désormais de nature systémique.
​On pourrait objecter qu’il ne se passera rien : aucune monnaie n’est aujourd’hui capable de remplacer le dollar au cœur du système monétaire mondial. C’est vrai. Le dollar reste la première monnaie de réserve, de financement et de paiement internationaux.

​Mais l’absence d’alternative ne garantit pas l’absence de rupture.


​Il faut se souvenir de la fin des années 1960. Sans transposer mécaniquement l’histoire, le parallèle est troublant. Bretton Woods reposait moins sur un étalon-or que sur un étalon-dollar : les monnaies étaient liées au dollar, lui-même convertible en or à 35 dollars l’once. Les déficits américains, la guerre du Vietnam et les coûteux programmes intérieurs avaient accumulé à l’étranger davantage de dollars que les États-Unis ne pouvaient raisonnablement convertir en or. En août 1971, Nixon ferma la « fenêtre de l’or ». Les États-Unis sabordèrent les règles existantes pour préserver le cœur du système. 1971 nous apprend qu'un système monétaire dominant ne disparaît pas nécessairement lorsqu'il devient contradictoire. Il change ses propres règles.

​En 2026, la contrainte n’est plus l’or. C’est la dette. La dette fédérale américaine approche 40 000 milliards de dollars. Or, une monnaie et la dette qui la porte sont l’avers et le revers d’une même pièce.

​Ajoutons la guerre avec l’Iran, les besoins budgétaires massifs, le coût du financement et une politique « America First » peu compatible avec une discipline imposée au consommateur américain. À un moment donné, les États-Unis devront arbitrer entre la valeur de leur monnaie, le coût de leur dette et leur souveraineté politique.

​Je ne crois pas à un effondrement soudain du dollar. Je crois davantage à une mutation des règles : répression financière, pression sur les créanciers, monétisation plus ou moins explicite, inflation tolérée, rééchelonnements ou nouveaux instruments destinés à attirer l’épargne mondiale.

​Pendant ce temps, quelque chose bouge déjà. La Chine a acheté de l’or pendant vingt mois consécutifs. D’autres banques centrales en accumulent également.

​Ce n’est pas une fuite générale hors du dollar : les données du FMI ne montrent pas, à ce stade, son abandon.

​Mais c’est un signal.

​L’erreur serait de croire que l’économie suit une ligne continue. Elle avance par ruptures. La monnaie n’est pas un fluide naturel.

​Elle est une expression régalienne du pouvoir politique.

​EN CONCLUSION : le dollar peut être à la fois irremplaçable et fragilisé. Les États-Unis ne feront probablement pas défaut sur leur dette. Ils risquent plutôt de faire défaut sur la valeur réelle de la monnaie dans laquelle cette dette est remboursée.

​Il se passera donc quelque chose avec le dollar. La seule inconnue, c’est quand.​

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