
« Le mécanisme doit être rapidement corrigé »
Imaginez : il aura suffi de quelques semaines pour découvrir le « pot aux roses »…
Alors que le décret-programme réinstaurant deux anciennes taxes qu’on croyait remonter à un passé révolu vient à peine d’être voté en décembre 2025, le Ministre Dequesne (« Les Engagés ») — qui semble à l’origine de la réinstauration de cette taxe — reconnaît aujourd’hui devant le Parlement wallon, lors de la séance du 24 février 2026, que « le mécanisme voté en décembre nécessite une correction rapide ».
Rarement aura-t-on vu un gouvernement admettre aussi promptement l’hérésie d’une décision fiscale majeure. Rarement aussi aura-t-on vu pareille indifférence aux conséquences économiques de cette décision.
Car il faut bien appeler les choses par leur nom : le retour de ces deux taxes n’est pas le fruit d’une réflexion stratégique sur la politique industrielle de la Wallonie. Ce n’est pas non plus la résultante d’une analyse économique rigoureuse sur les besoins de financement public.
C’est, au contraire — selon les propres mots des parlementaires présents en séance — la conséquence directe de querelles intestines entre le niveau régional et certains pouvoirs locaux (communes) : une querelle dans laquelle les entreprises n’avaient strictement rien à faire, mais qu’on a pourtant tenté de leur imposer comme fardeau fiscal.
Pour comprendre l’absurdité de la situation, il faut remonter à l’origine du problème.
En 2005, dans le cadre du Plan Marshall, la Région wallonne avait supprimé :
afin de stimuler les investissements industriels.
En contrepartie, la Région compensait financièrement les communes pour les recettes fiscales perdues.
Un dispositif vertueux en apparence.
Sauf que… progressivement, certaines communes — « souvent socialistes », comme l’a précisé la députée De Bue en séance — ont transformé ce mécanisme de compensation en véritable manne financière.
Le résultat ?
Un emballement budgétaire de 13 % par an, qui projetait la charge de compensation à 270 millions d’euros d’ici 2029, pour un dispositif qui ne devait coûter qu’une fraction de cela.
Le système était, pour reprendre le terme pudique du gouvernement, « dévoyé ».
Il était, en réalité, détourné.
270 millions €
Charge projetée de compensation d’ici 2029 — selon le Ministre Dequesne :
« le système devenait létal pour les finances wallonnes ».
65,2 millions €
Enveloppe de compensation allouée aux communes pour 2026, soit 40 millions de moins que leurs pertes réelles.
Face à cette dérive manifeste, le Gouvernement wallon (MR, Les Engagés et PS) aurait pu opter pour des solutions ciblées et proportionnées.
Il aurait pu :
Mais non.
Le Gouvernement wallon a choisi la voie de la facilité budgétaire et politique : réintroduire purement et simplement les taxes sur les entreprises.
Autrement dit :
Une logique sidérante :
Le caractère le plus troublant de cette réforme est que personne ne conteste réellement son caractère nocif.
Ces taxes ne sont pas simplement impopulaires : elles sont structurellement anti-compétitives.
Elles frappent directement :
Autrement dit, elles taxent l’outil de production lui-même.
Conséquence :
elles pénalisent mécaniquement les entreprises qui :
Certaines entreprises évoquent déjà des surcoûts de plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros, représentant :
La distorsion de concurrence est particulièrement forte en Wallonie Picarde, coincée entre :
où ces taxes n’existent quasiment pas.
Le contexte économique actuel met la réindustrialisation au cœur des politiques européennes.
La pandémie et la guerre en Ukraine ont montré la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Partout, les États cherchent à :
Et que fait la Région wallonne ?
➡️ Elle réintroduit deux taxes pénalisant l’investissement industriel.
Elle envoie donc le signal exactement inverse à celui attendu par les investisseurs.
Face à cette réforme annoncée comme devant être « rapidement corrigée », mais sans calendrier précis, les entreprises devraient envisager plusieurs actions :
(avant 2005, 2005-2020, 2021-2025, à partir de 2026).
(Agoria, UCM, CCI, UWE).
La réforme wallonne du précompte immobilier sur le matériel et l’outillage et de la taxe sur la force motrice constitue un cas d’école de mauvaise gouvernance fiscale.
Une décision :
Au-delà du montant des taxes, c’est surtout le signal politique qui inquiète : en Wallonie, les règles fiscales peuvent changer brutalement, sans lien direct avec la politique économique.
Dans un contexte où la Région devrait attirer les investissements industriels, elle envoie au contraire un signal d’instabilité fiscale.
C’est une faute politique grave.
Et pour les entreprises wallonnes, un signal d’alarme qu’il serait dangereux d’ignorer.
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¹ Source : Décret-programme wallon du 19/12/2025 – Débats parlementaires du 24 février 2026 : interventions de MM. Lefebvre (PS), Mocket (Ecolo), Mme De Bue (MR) et M. le Ministre Dequesne (Les Engagés).