
C’est en feuilletant un vieil album de timbres, sans aucune valeur, ayant appartenu à mon arrière-grand-père — une collection probablement entamée dans les années 1870 — que je me suis retrouvé plongé dans la merveilleuse et fragile histoire des pays apparus ou disparus. Certains timbres y sont antérieurs à la réunification allemande de 1871, tandis que chaque colonie, qu’elle fût portugaise, espagnole, française ou belge, arborait ses propres insignes postaux.
Et puis, mon regard est tombé sur une série non oblitérée célébrant l’Exposition universelle de Charleroi de 1911.
Elle témoigne d’une époque où la Belgique rayonnait d’une envergure mondiale.
Cette réalité reposait certes sur un pur hasard géologique : cette immense veine de charbon qui, partant du Royaume-Uni, traversait la Belgique et le Grand-Duché de Luxembourg avant d'aller s'échouer en Lorraine.
Mais il n’empêche : le charbon seul ne suffisait pas. Pour transformer cette matière noire en prospérité, il a fallu du génie humain. Il a fallu l'alliance du travail, du capital et de ce que les économistes appellent le "tiers facteur immatériel" : cette ressource intangible qui englobe le savoir-faire collectif, l'esprit d'initiative, la culture de l'innovation et l'audace entrepreneuriale.
On y voit le progrès, l’effort physique.
Et tout cela doit nous rappeler l'immense dette que nous avons envers ceux qui nous ont précédés, et envers tous ces travailleurs qui, en quête d'un avenir meilleur – qu'ils fussent Polonais, Italiens, Marocains ou de tant d’autres nationalités – ont apporté une contribution inestimable au Royaume, sans que nous ne les remercions correctement, ou que nous nous excusions, lorsque je pense à nos trois anciennes colonies.
La Belgique, c’était aussi la puissance du port d’Anvers, poumon sans lequel la prospérité du Royaume n’aurait jamais pu être assurée.
C’est la réalité d’un pays enclavé entre de puissants partenaires économiques, ce qui en a fait, par la force des choses, une zone naturelle de transit et d'échange.
Alors, bien sûr, nous pourrions nous contenter de nous émouvoir d’un passé révolu. Mais aujourd’hui, au cœur même de la Wallonie, nous voyons émerger de nouvelles forces.
De manière audacieuse et entrepreneuriale, de magnifiques sociétés se développent jusqu’à devenir des "licornes", à l’image d’Odoo ou d’I-Care.
Ces entreprises sont la preuve vivante qu’à tout moment, nous pouvons réinventer l’avenir, et le faire en mieux.