Absorption des cabinets d'expertise comptable: grandir, oui, mais pour quoi faire de mieux ?
Temps de lecture: 3 min | 28 juin 2026 à 04:00
Guy KAHN
Président @ Experts-comptables sans frontières | Administrateur @ Forum For the Future
Les chiffres sont là. Indiscutables.
Selon Accountancy Europe, les opérations de capital-investissement dans les cabinets comptables européens sont passées de 22 transactions annuelles en 2020 à 192 en 2024. Et depuis lors le mouvement s’est emballé et il ne ralentira pas.
Mais voici la question que personne ne pose vraiment : « en quoi tout cela change-t-il quelque chose pour nos clients ? »
Un outil n'est pas un projet
Se regrouper peut apporter de nouvelles expertises, des moyens technologiques renforcés, une offre élargie. La consolidation n'est pas une erreur par principe. C'est un outil.
Or un outil ne remplace pas un projet. Et un projet, dans notre métier, commence toujours par une seule question : « comment mieux servir ? ».
Dans la plupart des raisonnements sur la consolidation, le client est peu évoqué. On parle de multiples, de build-up, de synergies, de plateformes. On parle moins du dirigeant de PME qui attend une réponse claire avant la fin de la semaine. Ou de l'artisan qui ne comprend pas pourquoi son interlocuteur a changé.
Ce silence-là n'est pas anodin.
Ce que veut vraiment un dirigeant
Dans notre tissu économique belge, l'expert-comptable est souvent le seul conseil permanent d'un chef d'entreprise. Premier appui à la création, à l'embauche, à la trésorerie, à la transmission, il est là à chaque moment qui compte.
Cette position ne repose pas sur la taille d'un groupe. Elle repose sur une qualité relationnelle que l'on ne peut pas industrialiser.
Ce que recherche un dirigeant de PME ? Pas un logo. Pas une plateforme. Quelqu'un qui comprend sa situation. Qui répond vite. Qui tient la relation dans le temps. Ce n'est pas un hasard si certains grands acteurs historiques, en grandissant, ont progressivement perdu ce segment ,ou peinent aujourd'hui à le servir avec la même exigence. Non par manque de compétence. Mais parce que la complexité crée de la distance.
Grandir, oui. Se diluer, non.
La consolidation peut accélérer le virage numérique, absorber le choc qu’a engendré la facturation électronique, ouvrir l'accès à l'IA. Ces enjeux sont réels. Ne les sous-estimons pas.
Mais ces outils ne remplacent ni le jugement professionnel, ni la pédagogie, ni la responsabilité du conseil.
Et la centralisation a un prix. Des décisions plus lentes. Des transitions longues. Une agilité locale qui s'érode. Dans un métier où la confiance se construit sur des années, une intégration mal conduite peut détruire en quelques mois ce qu'on a mis dix ans à bâtir.
Le bon modèle n'est pas le plus grand. C'est le plus utile.
Certains cabinets rejoindront des structures intégrées. D'autres choisiront des modèles décentralisés, fédérés, plus souples. Les deux peuvent être justes, à condition que la forme suive le projet, et non l'inverse.
Les transformations de notre secteur vont continuer. Les subir serait une faute. Les choisir, en restant fidèles à ce qui fait la valeur de notre métier, c'est une autre histoire.
La valeur, elle ne se joue pas dans la taille.
Elle se joue dans la confiance. Dans la proximité. Dans la qualité du conseil au bon moment.