
Il faut, à ce titre, relire le discours visionnaire prononcé par Charles de Gaulle à Phnom Penh le 1er septembre 1966 au sujet du Vietnam : « le France le dit, enfin, avec la conviction qu’au degré de puissance, de richesse, de rayonnement auquel les États-Unis sont actuellement parvenus, le fait de renoncer, à leur tour, à une expédition lointaine dès lors qu’elle apparaît sans bénéfice et sans justification, et de lui préférer un arrangement international organisant la paix et le développement d’une importante région du monde, n’aurait rien, en définitive, qui puisse blesser leur fierté, contrarier leur idéal et nuire à leurs intérêts. Au contraire, en prenant une voie aussi conforme au génie de l’Occident, quelle audience les États-Unis retrouveraient-ils d’un bout à l’autre du monde et quelle chance recouvrerait la paix sur place et partout ailleurs ! »
Soixante ans après l’avertissement de Phnom Penh, le constat reste d’une brûlante actualité. L’histoire semble bégayer : de Saïgon à Kaboul, et peut-être demain sur d’autres fronts, la force brute se heurte invariablement à la résilience des peuples et à l’érosion du soutien intérieur.
En s’obstinant dans une posture d’empire omnipotent plutôt que de partenaire multilatéral, les États-Unis risquent de transformer leur rayonnement en un souvenir nostalgique. La véritable grandeur, comme le suggérait de Gaulle, ne réside pas dans la capacité à punir ou à annexer, mais dans le courage de se retirer pour laisser place à la diplomatie.