Les Européens ont un taux d'épargne trois fois supérieur à celui des Américains. Le problème est que cet argent est thésaurisé et non investi, ce qui rend difficile le financement des entreprises par les marchés de capitaux. L'Union de l'épargne et de l'investissement (UEI) tente d'y remédier.
Les Européens mettent de côté en moyenne quinze pour cent de leurs revenus. Ce pourcentage est trois fois plus élevé que celui des Américains. Cette propension à épargner rend les Européens riches. Le total des actifs d'épargne des Européens représente 217 % du Produit Intérieur Brut (PIB) européen. La dette représente 56 %. Le patrimoine net des Européens s'élève donc à 161 % du PIB, soit 27 000 milliards d'euros, dont 11 000 milliards d'euros sont placés sur des comptes de dépôt non rémunérateurs.
Les Belges possèdent 251 % du PIB en actifs d'épargne et ont une dette de 51 % du PIB. Leur position nette représente donc 200 % du PIB, soit 1 200 milliards d'euros. La Belgique est ainsi, après le Danemark et la Suède, le pays disposant des plus importants actifs financiers privés. Environ 300 milliards d'euros sont placés sur des livrets d'épargne non rémunérateurs.
Des actifs financiers européens, 68 % sont placés sur des dépôts, 18 % dans des fonds d'investissement, 10 % en bourse et 4 % en obligations. Les Européens sont donc clairement averses au risque. Contrairement aux Américains où seulement 21 % sont placés sur des dépôts, 32 % dans des fonds d'investissement, 7 % en obligations et 40 % en bourse. Les Américains investissent donc quatre fois plus via les marchés de capitaux que les Européens.
C'est précisément pour cela que les marchés de capitaux américains sont beaucoup plus importants que les marchés européens. La capitalisation boursière mondiale totale s'élève à 117 000 milliards de dollars. Les États-Unis sont responsables de la part du lion, soit 45 %, avec 50 000 milliards de dollars. L'Union européenne est quatre fois plus petite et ne représente que 11 % du marché mondial avec 12 000 milliards de dollars.
Ces 12 000 milliards de dollars sont ensuite répartis sur 35 bourses, tandis qu'aux États-Unis, il n'y en a que trois. La compensation s'effectue en Europe via dix-huit clearing houses, aux États-Unis, il y en a une. Le montant inférieur et la forte fragmentation européenne font que de nombreuses entreprises européennes s'adressent aux États-Unis pour obtenir une cotation en bourse. Deuxième conséquence : l'Europe conserve une culture bancaire. De tous les financements d'entreprises, 75 % proviennent du financement bancaire, contre 22 % pour les États-Unis. Troisième conséquence : les entreprises européennes sont moins capitalisées que les entreprises américaines, ce qui constitue un désavantage concurrentiel pour les entreprises européennes. Enfin, les marchés de capitaux européens sous-développés entraînent dans leur sillage le marché du capital-risque. En effet, le manque de possibilités de sortie est l'un des principaux problèmes pour le développement du secteur du capital-risque.
La seule introduction en bourse (IPO ou « initial public offering » dans le jargon) européenne importante prévue cette année était Klarna, et celle-ci a été reportée en raison de la guerre commerciale. Tandis que les retraits de cote et les tentatives en ce sens sont monnaie courante. Pensons seulement à Exmar, Roularta, Telenet ou Sioen pour ne citer que quelques exemples.
Pour remédier à cette situation, l'Europe propose l'Union de l'épargne et de l'investissement. L'Union de l'épargne et de l'investissement vise à créer un écosystème de financement afin de financer les investissements dans les objectifs stratégiques de l'UE grâce à l'épargne des citoyens de l'UE. Ces défis stratégiques concernent le changement climatique, les mutations technologiques rapides et les nouvelles réalités géopolitiques qui exigent des dépenses de défense.
L'Union de l'épargne et de l'investissement est une stratégie s'étalant sur deux ans, commençant en mai 2025, et qui vise à mobiliser les ressources disponibles des citoyens européens par le biais de mesures législatives et non législatives.
L'Union repose sur quatre piliers.
Premièrement, des actions sont entreprises pour améliorer le niveau de littératie financière des citoyens de l'UE. En effet, seulement 18 % des citoyens de l'UE possèdent des connaissances financières suffisantes. Des actions, tant fiscales que réglementaires, sont également prévues pour les fonds de pension afin de mieux affecter leurs fonds à l'économie.
Deuxièmement, des initiatives sont prises pour développer davantage le secteur du capital-risque. T
Troisièmement, des mesures sont prises pour lutter contre la fragmentation des marchés de capitaux.
Enfin, la surveillance des marchés financiers et des banques dans l'UE doit être simplifiée, rendue plus efficace et plus harmonisée, et la coopération entre les autorités de surveillance doit être renforcée. Il est également prévu de transférer certaines tâches de supervision au niveau européen.