

Bien que cela ne semble plus vraiment faire débat dans l’espace public, les nouvelles perspectives du Bureau du Plan soulignent douloureusement la gravité de la situation de nos finances publiques. Même avec les mesures fédérales prises, contre lesquelles il y a eu grèves et manifestations, toutes nos entités publiques sont en voie d’atteindre un déficit budgétaire conjoint de 5,7 % du PIB à la fin de cette législature, nettement plus élevé qu’au début de celle-ci. Et les années suivantes, le déficit continuera simplement d’augmenter (jusqu’à 6,3 % en 2031). La dette publique s’élèverait alors à 122 % du PIB en 2031 (contre 104 % en 2024).
Les efforts du gouvernement De Wever permettraient à court terme de réduire légèrement le déficit primaire (le déficit budgétaire hors charges d’intérêts), mais cette amélioration serait entièrement annulée par la réduction fiscale prévue (pour laquelle nous n’avons pas les moyens). Parallèlement, les charges d’intérêts augmentent progressivement, même en supposant que les taux du marché actuels restent stables. Si les taux venaient à augmenter dans les prochaines années, nous risquerions de rapidement rencontrer de graves difficultés.
Dans ces conditions, la situation actuelle ressemble de manière inquiétante à celle du milieu des années 70 : un déficit primaire trop important et une dette publique croissante (à l’époque à un niveau bien plus bas), ce qui nous rend extrêmement vulnérables à une hausse des taux d’intérêt ou à une nouvelle crise économique. La situation actuelle consiste simplement à espérer que nous aurons de la chance avec les taux. Mais cela n’est évidemment pas une politique sérieuse.
Les mesures budgétaires difficilement négociées par le gouvernement fédéral sont loin d’être suffisantes pour remettre nos finances publiques sur une trajectoire soutenable. Cela a été confirmé la semaine dernière par la Cour des comptes. Dans les scénarios à risques de la Commission européenne, notre dette publique pourrait atteindre près de 150 % du PIB d’ici dix ans si les taux d’intérêt venaient à augmenter.
Pour éliminer le déficit primaire d’ici la fin de cette législature, ce qui constitue un minimum absolu afin de limiter la vulnérabilité de nos finances publiques, un effort de 15 milliards d’euros actuels est nécessaire. Le véritable travail reste donc à faire. Sans ce type d’efforts, nous resterons dangereusement vulnérables à de nouveaux chocs négatifs. Les premières escarmouches dans la préparation du prochain exercice budgétaire (avec les débats autour de la TVA) laissent déjà présager le pire...